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Nommé
au
Gouvernement général de
l'Indochine, Paul Doumer avait pu, un mois seulement après
son
arrivée, écrire dans un rapport du 22 mars 1897 au ministre des
Colonies : «Nous
faisons chaque jour un pas nouveau dans la voie d'une
véritable
prise de pouvoir de l'Annam»
1.
L' année 1897 coïncidait en effet avec l'
extinction
définitive des derniers foyers de la résistance année qui, au nom de la
restauration du souverain légitime du Viêt-Nam, avait mobilisé depuis
1885 les
lettrés confucéens contre le pouvoir colonial. Certes, des mouvements
insurrectionnels allaient encore éclater sporadiquement, mais
ils n' étaient
plus dirigés par les représentants de l' idéologie officielle
et n' étaient
animés par aucun programme spécifique. C' étaient au
contraire des
mouvements de caractère messianique, de durée et de portée limitées, à
la tête
desquels s' étaient placés des illuminés se présentant comme
des
réincarnations de génies protecteurs du pays. Le plus souvent de
simples
guérisseurs ayant acquis une certaine notoriété locale grâce à un
pouvoir
réputé surnaturel, ceux-ci avaient pu impressionner les paysans avec
des
prédictions de type populaire et des pratiques magiques d'
inspiration
taoïste. Ils distribuaient à leurs suivants des amulettes qui devaient
les
rendre invulnérables et invincibles, mais ils n' étaient mus
par
aucune doctrine politique bien définie ; ils offraient, tout au plus, à
leurs
fidèles la vague promesse d' un Eden terrestre, une fois les
envahisseurs étrangers chassés et le pays rendu à son souverain
traditionnel.
Le désarroi qui marquait la fin du XIXe siècle se traduisit par
la
profusion de
ces mouvements populaires messianiques 2 . Mais
ces
mouvements
se perpétuèrent au début du XXe siècle ; vers la fin de 1907 encore,
dam le
district montagneux de la préfecture de Quì-Châu (province de Nghệ-An),
un
médium se proclamait descendant des Lê :
Il
recevait, entouré
d'une garde à l'uniforme jaune bordé
de rouge et munie de sabres, les visites des habitants du pays et le
tribut des
villages voisins. Il promettait à tous des fusils à tir rapide attendus
du
Tonkin pour accomplir la
mission, qu'il
prétendait avoir reçue du Ciel, de chasser (les Français) d'Annam au
moment propice que révéleraient les
astrologues 3.
De
tels mouvements cependant n'auraient pu en aucune façon menacer la
présence
française ; si l'Administration coloniale s'en était inquiétée, c'était
parce
qu' ils risquaient de troubler l'ordre public, parce qu'ils
ignoraient la domination française plutôt que parce qu'ils s'y
opposaient. Et
Doumer put proclamer avec quelque fierté que pendant son gouvernement
les
troupes de l' Indochine n'avaient subi au feu aucune perte,
alors qu' elles
avaient eu 165 tués ou blessés en 1896, 211 en 1895, 155 en 1894, 203
en
1893...
C'en
était en fait bel
et bien fini de l' opposition par la force à la situation
coloniale.
Pour les lettrés, qui avaient été l'élément moteur de cette résistance,
commençait alors une période de doute, d'interrogation, de
recomposition
profonde. Jusque-là, fidèles à leurs partis pris confucéens, ils
avaient
participé à la lutte pour l'indépendance nationale sans se
préoccuper de se poser des questions d' ordre idéologique ou
organisationnel. Leur faillite, que n'expliquait pas seule la trop
grande
disparité entre les forces matérielles mises en jeu par les deux camps,
et l' ébranlement
profond que la consolidation du régime colonial faisait subir aux
structures
sociales et politiques traditionnelles, devaient les amener à
réexaminer la
raison d' être même de l'ordre traditionnel et à
se mettre
en quête de perspectives nouvelles et d'un système institutionnel
susceptibles
non seulement d'aider le pays à recouvrer son autonomie perdue, mais
aussi de
revivifier sa société. La crise de l'ancienne classe
dirigeante des
lettrés déboucha ainsi sur sa reconversion historique.
L'ÉTAT DE
DÉSÉQUILIBRE SOCIO-ÉCONOMIQUE
La
réalité coloniale était tout d' abord
saisie dans la multiplicité des charges que
devait supporter la population. Le régime fiscal mis en place
progressivement
dans la dernière décennie du XIXe siècle s'alourdit rapidement.
L'Administration coloniale visant surtout le double objectif de réduire
la
dépendance budgétaire de l' Indochine vis-à-vis de la
métropole et de
s' assurer, en vue d' entreprendre l' exploitation
du pays, les moyens financiers nécessaires à l' aménagement
de l' infrastructure
économique. De nouvelles contributions vinrent s' ajouter aux
divers
impôts et redevances, déjà fort nombreux, levés précédemment par la
cour de
Huế, mais augmentés désormais dans des proportions considérables et mis
en
recouvrement systématiquement : ainsi, les taxes de marché, de bacs; le
rachat
obligatoire des journées de corvée, décidé en 1889 pour le Tonkin et
étendu en
1897 à l' Annam, impôt des prestations perçu comme des
«centièmes
additionnels» qui était en définitive une augmentation déguisée de
l'impôt
personnel 4; les taxes frappant la
consommation du sel et de
l'alcool, dont la vente et la production étaient, par une série de
transformations inaugurées dès 1893 puis complétées et poursuivies les
années
suivantes, érigées en monopole légal, soumis au contrôle étroit de l'
administration
des régies. Par suite, les recettes du fisc s' accrurent très
vite :
de 1897 à 1903, le rendement de l' impôt personnel passa en
Annam de
71.158 à 825.000 piastres, celui de l'impôt foncier de 584.000 à
1.355.000
piastres. L'alcool, qui fournissait 1.416.000 piastres en 1896, en
donna
3.250.000 au budget général de l'Indochine en 1901. Les taxes sur le
sel
avaient donné 44.000
piastres en 1896 ;
avec l' établissement du monopole, cette
denrée procura au Trésor 1.400.000 piastres en 1901,
soit une
progression de 3000%
en cinq ans. Cependant, pour
faire face à des besoins toujours croissants, on allait demander à la
fiscalité, surtout aux régies, un rendement plus grand encore
5
Il n'y
avait aucune commune
mesure entre ce prélèvement fiscal excessif, dont le poids était encore
aggravé
par des méthodes de perception fréquemment arbitraires, et l' effort
pécuniaire que la monarchie exigeait auparavant de ses sujets. Dès
avant l' achèvement
du XIXe siècle, des administrateurs avaient déjà signalé que la
population,
surtout en Annam, n'était plus en état de supporter la surcharge d'
impôts;
ils n' avaient pas manqué non plus de souligner que, étouffés
par une
fiscalité oppressive, certains secteurs de l' économie
traditionnelle
s' étaient irrémédiablement détériorés. Les causes de
l'épuisement du
cabotage maritime et fluvial, par exemple, devaient être recherchées
dans les
droits de navigation imposés sur les barques de mer, selon le résident
supérieur en Annam, Brière, qui écrivait en 1894 :
Nos droits
sont hors de toute
proportion avec ceux perçus par l'administration indigène : une jonque
pour
laquelle son propriétaire payait 30 à 40 ligatures au Trésor annamite,
est
taxée aujourd'hui par la Douane à plus de 40 piastres de redevance
annuelle 6.
Tout le commerce des provinces du sud se faisant avec la
Cochinchine,
les
propriétaires de jonques doivent en outre payer à l'administration de
cette
colonie un second droit de navigation... Les bénéfices que peuvent
réaliser
armateurs et patrons de jonques sont fort restreints et le plus clair
en est
absorbé par les taxes douanières... Si la batellerie diminue de jour en
jour,
ce n'est pas devant le faible mouvement de la navigation à vapeur à
Tourane et
à Quinhon, mais parce qu'elle succombe sous le poids des charges trop
lourdes
que nous lui imposons. Si l'on considère qu'en Annam toutes les
transactions se
font par mer, en cabotage, qu'une grande partie de la
population n'a
pas d'autre moyen d'existence
que ce commerce et
ces
transports, on peut se faire une idée de la perturbation jetée dans la
vie
commerciale de ce peuple par les nouvelles taxes sur les barques 7.
De même,
les sauniers et
distillateurs villageois d' alcool périclitèrent avec l' instauration
des régies d'État. Presque tous les villages côtiers possédaient de
petites
salines; ils pratiquaient en même temps la pêche et tiraient un double
profit
de l'industrie de la saumure et du commerce du sel. Mais l'
administration
des régies concentra la production en quelques salines; elle organisa
d'autre
part, suivant les régions, la vente directe ou la vente par
intermédiaires. Ce
régime provoqua la ruine non seulement de nombre de petits sauniers,
mais aussi
des pêcheurs qui ne pouvaient plus acheter à bas prix le sel nécessaire
à la
conservation de leurs produits 8. Quant à la fabrication de
l' alcool
de riz, des villages entiers vivaient de cette industrie, qui avait
comme
corollaire l' élevage en grand des porcs engraissés avec les
résidus
de la distillerie. Or, l' Administration concéda le monopole
de la
fabrication et de la vente à un petit nombre de sociétés françaises. L'
industrie
indigène de la distillerie, qui faisait vivre dans chaque province
plusieurs
milliers de familles et qui enrichissait tant de villages, fut
supprimée, alors
que des mesures de répression très sévères furent prises contre la
distillation
clandestine.
Surtout,
l' aggravation
du régime fiscal déclencha un processus économique complexe qui devait
amener
dans les campagnes une crise d' une ampleur et d' une
gravité exceptionnelles. Astreints désormais à s' acquitter
en
espèces de toutes les taxations 9, les
paysans, qui dans
certaines
régions étaient encore pour l' essentiel au stade de l' économie
de subsistance, étaient bien malgré eux insérés dans une économie de
marché
dont ils allaient subir toutes les fluctuations. Ne disposant pas de
réserve d' argent,
force leur était de vendre leurs récoltes dès la moisson, au moment le
plus
défavorable, afin de faire face aux échéances fiscales. D' autre
part, ils étaient obligés d' acheter les piastres
indochinoises
destinées aux collecteurs d' impôts avec les sapèques qu' ils
utilisaient dans les transactions quotidiennes. Or, malgré sa
dévaluation sur
le marché monétaire international – son taux officiel baissa de quatre
francs
en 1890 à deux francs en 1904 –, la piastre restait chère sur le marché
intérieur, à cause de la rareté de l' argent. Les paysans ne
pouvaient donc pas échapper aux effets conjugués de la conjoncture et
de la
spéculation. Leur situation n'en devint que plus précaire, comme ils
demeuraient exposés aux conséquences désastreuses des irrégularités
climatiques,
qui rendaient leur production extrêmement incertaine. Les mauvaises
années, ils
devaient recourir aux usuriers à chaque terme de perception fiscale. L'
endettement
rural s' accélérant avec le développement des rapports
capitalistes,
la paupérisation était la tendance générale. Elle avait pour résultat
la
dépossession de la petite paysannerie, la première à pâtir de l'
extension
de la concentration foncière et de l' appropriation des
terres par
les colons, appropriation favorisée par la législation
coloniale 10.
Le nombre de paysans sans terre ne cessa d' augmenter ; leur
misère
ne faisait qu' empirer car, en plus du poids des impôts, ils
devaient
encore supporter la lourdeur de la rente foncière qui, sous l' action
des besoins en numéraire, devint plus chère et fut perçue de plus en
plus sous
forme monétaire.
La crise
agraire se manifestait
donc par une aggravation de la condition matérielle de la majorité de
la
paysannerie, tandis que l' économie villageoise
traditionnelle se
dégradait par les effets de l' usure, de la concentration des
terres,
du prélèvement fiscal, de la rupture de la complémentarité existant
entre l' agriculture
et l'artisanat et de la pénétration d' une économie
capitaliste.
Cette crise se traduisit en 1896 par une disette au Tonkin et plus
particulièrement en 1897-1898 par une terrible famine qui éprouvait
durement
les provinces de l' Annam central, le Quảng-Nam, le
Thừa-Thiên et
surtout le Quang-Trị et le Quảng-Bình. Rien que pour le Quảng-Bình,
11.345
personnes mortes de faim furent dénombrées entre les derniers jours de
1897 et
le mois d' avril 189811. Les
dommages causés par
les
mauvaises conditions climatiques des premières années du XXe siècle,
avec les
typhons, les inondations et les sécheresses dévastant le Tonkin et l'
Annam
entre 1902 et 1906, contribuèrent aussi à l' accélération du
processus de la paupérisation de la paysannerie. Après 1900, la
situation était
indéniablement critique dans tout le pays et même désespérée dans
certaines
régions. Symptôme de la crise agraire, la consommation annuelle de riz
par tête
tomba de 262 kg en 1900 à 226 en 1913.
Restés en
contact étroit avec la
paysannerie dont une partie d' entre eux étaient issus, les
lettrés
ne sauraient demeurer insensibles devant l' ampleur du
déséquilibre
agraire. Ils allaient l'interpréter comme la conséquence directe d'une
exploitation fiscale devenue intolérable. Leur perception de la crise
agraire,
dont ils ne pouvaient pour l' instant entrevoir que vaguement
toute
la complexité, était tout d' abord anticolonialiste. Ils
dénoncèrent
donc les méfaits de la colonisation française à l' égard de
la
société paysanne viêtnamienne, présentée comme la principale victime de
la
domination coloniale. Une thématique anticolonialiste commençait à se
faire
jour. Elle insistait sur le fait que le pays était administré comme si
ses
habitants ne devaient avoir d' autres rapports avec l' administration
coloniale que ceux auxquels les astreignaient les charges qu' elle
leur imposait. Des chansons populaires furent répandues pour fustiger
les abus
fiscaux et déplorer le triste sort d' une population
pressurée :
O
vous pauvres gens de ce pays !
Savez-vous
quelle est la cause de votre misère ?
Toute
l'année, vous pliez sous les fardeaux,
La sueur
couvre votre corps, vos yeux
pleurent, mais vous ne gagnez pas de quoi vivre. Cependant, ici il faut aller chercher
sa carte d'impôt,
Là
il faut s'acquitter de toutes sortes de taxes.
Impôt
par ci, impôt par là,
Vous
ne trouvez pas assez de riz, que vous reste-t-il pour manger ?
Au
logis, vos femmes et enfants grimacent de faim,
Néanmoins,
on vous ligote pour vous réclamer l'argent des contributions et des
[corvées.
Que
c'est accablant le poids des impôts et prestations,
On
vous saigne de toutes vos ressources sans vous tenir quitte.
Vous êtes la viande et le poisson; eux
sont le couteau et la planche à découper, Comment dans cette vie
pourrez-vous échapper à leurs mains ?... 12
Toute
superficielle qu' elle
fût, cette perception du déséquilibre socio-économique consécutif à la
consolidation
du régime colonial était cependant d' un intérêt capital, en
ce sens
qu'elle allait conduire l'élite intellectuelle à tenter une évaluation
de la
situation en termes de désagrégation de la communauté nationale et à
proposer
des transformations organisationnelles. Dès ses premiers écrits, l'un
des
membres de cette élite, Phan Bội Châu, se dégagea résolument de la
chronologie
dynastique et de la compilation érudite pour se livrer à une analyse
des
facteurs politiques, économiques et sociaux qui avaient fait la
grandeur et la
décadence du Viêt-Nam.
LA CRISE
MORALE DE
L'ANCIENNE CLASSE DIRIGEANTE DES LETTRÉS-FONCTIONNAIRES
La
réalité coloniale était aussi
saisie dans l' écroulement du système politique traditionnel.
Pour
les lettrés tout imprégnés des principes confucéens régissant les
rapports
sociaux (tam cương ngũ thường), la tragédie était que
l' institution
monarchique, clé de voûte d'un édifice socioculturel millénaire, se
trouvait
irrémédiablement ravalée par le statut colonial. Bien avant même que l'
ordonnance
du 27
septembre 1897
eût consacré
officiellement la confiscation de la réalité du pouvoir royal
par la puissance protectrice,
le rôle
du monarque régnant à Hué avait été rabaissé à peu de choses : on était
allé
jusqu' à l' assimiler à un simple fonctionnaire,
réduit à
recevoir une solde annuelle fixée par l'administration du protectorat
13. Tout le
désenchantement
des lettrés devant l' asservissement
du
trône viêtnamien était résumé dans ce passage d' un écrit
composé par
Phan Bội Châu vers 1905 :
Le roi
actuel du Vietnam se nomme Thành-Thái. On lui laisse son palais
intérieur et
son titre d'empereur; mais une garde française entoure
les
portes et
surveille les entrées et les sorties. Si le roi veut quitter sa
résidence, il
lui faut à chaque fois une autorisation française. Quant aux
ordonnances et
édits du royaume, ou bien il faut leur obtenir l'approbation préalable
de la
France, ou bien celle-ci se charge de les promulguer directement. Alors
ces
esclaves de Vietnamiens font les cinq prostrations et les trois
prosternations
qui sont d'usage devant le roi, puis approuvent et exécutent.
L'empereur de son
côté salue des deux mains, appose son
paraphe, sans
oser
faire la moindre question. Ne serait-il pas franc de supprimer un tel
monarque,
et qui pourrait s'en plaindre? Mais les Français ont leur motif de
laisser un
tel fantôme sur le trône royal, car ils peuvent jeter sur un autre la
responsabilité des tyrannies de leur gouvernement, proclamant
dans le
pays et au dehors que c'est le désir de Sa Majesté 14.
Tant qu'
ils
avaient
continué à combattre les Français sous la bannière du mouvement Cần Vương («Prêter
assistance au souverain»), les
lettrés avaient pu croire à la possibilité de résoudre le cruel dilemme
devant
lequel ils étaient placés : comment réconcilier le principe moral du
loyalisme
envers leur prince et le devoir de résister à l' envahisseur,
alors
que le monarque régnant avait capitulé devant l' ennemi et
semblait
avoir abandonné l' essentiel de sa fonction directrice. Ils
avaient pensé
pouvoir tourner cette contradiction en professant leur fidélité à un
souverain
théorique, dont l' image idéale n' aurait été
ternie par
aucune déviation accidentelle, et non à celui qui occupait
effectivement le
trône. En d' autres termes, ils avaient exprimé leur
loyalisme à la
monarchie en tant qu' institution idéalisée, tout en se
dressant
contre ceux qui dirigeaient les affaires de l'État. Cependant, les
armes une
fois déposées, il ne pouvait plus y avoir de justification possible
pour ce
monarchisme idéaliste et intransigeant, qui semblait être devenu une
idéologie
pour le moins anachronique. La monarchie des Nguyễn avait, selon toute
vraisemblance, pactisé avec l' ennemi pour assurer sa propre
survie,
aux dépens des intérêts mêmes du peuple; ce faisant, elle avait d'
elle-même
renoncé à fournir un modèle conforme aux traditions ancestrales, sur
lequel
tous pouvaient et devaient se régler. Or, dès lors qu'elle avait
démissionné de
sa fonction, elle avait laissé se perdre son mandat et ne pouvait plus
prétendre
à l' allégeance de son peuple 15. La
notion de «trung quân»
(fidélité envers
le souverain), qui avait de tout temps servi de credo politique
à la
classe des lettrés, s'en trouvait irrémédiablement discréditée. Il lui
fut
opposé un autre concept, non moins confucéen, mais appelé par un
glissement
insensible à déboucher sur un patriotisme englobant le pays et le
peuple dans
un tout indissoluble, le concept de «dân
vi bang bản» (le
peuple étant la fondation de l' État). Déjà, les partisans du
mouvement Cần Vương avaient
invoqué ce
principe pour légitimer leur action, comme par exemple dans
ce
passage d' une proclamation des lettrés et
notables de
Bình-Ðịnh au début de 1886 :
On lit
dans le
Livre des Odes (Kinh Thi) : «Là où
est le
roi, il faut un peuple.» On lit encore : «Le peuple est comme la racine
du
royaume; la racine d'un arbre est-elle en bon état, l'arbre se
conserve,
prospère et grandit.» Ainsi en est-il d'un royaume où le peuple est
bien
cultivé, la paix et la prospérité deviennent son partage 16.
Mais la
mise en cause du principe
royal devait entraîner, par voie de conséquence, celle de tout un
ensemble de
réalités politiques, morales et sociales que l' institution
monarchique confucéenne exprimait, entretenait et satisfaisait. En
premier
lieu, l' appareil mandarinal, instrument de
gouvernement de la
monarchie, allait se trouver en butte aux attaques de ceux-là mêmes
dont il
tirait traditionnellement son recrutement, par la filière des concours
triennaux.
Il
faut dire que les avantages d'une carrière officielle au service de
la monarchie
étaient rendus hypothétiques par la déconsidération de cette dernière.
L'installation de la situation coloniale s' était d' ailleurs
accompagnée d' un certain -pervertissement du système
mandarinal
confucéen. Un renversement des valeurs s' ensuivit
nécessairement,
car le statut social ne dépendait plus seulement de la maîtrise
laborieusement
acquise des études classiques, mais des critères de comportement à
l'égard de
l'Administration coloniale :
Par
l'intrigue, par les services rendus
aux administrateurs, nombreux déjà sont ceux qui ont gravi les degrés
du
mandarinat par des nominations honteuses. Des résidents commettent la
faute
fréquente de récompenser le zèle de leur entourage par des brevets de
mandarinat. Non seulement des interprètes et des secrétaires, mais des
domestiques, des cuisiniers doivent leur intronisation et de rapides
avancements à la complaisance de leurs maîtres. Les prétoires et les
préfectures sont envahis de ce personnel méprisé dont l'administré
connaît les
tares, et doit supporter l'insolence de parvenus féroces et les
concussions
inévitables
17.
D' autre
part, toute
autorité et tout prestige furent enlevés aux mandarins qui, à l'ombre
du
protectorat, n' étaient plus que des agents d' exécution
sans initiative et sans responsabilité ; ils n' étaient pas
de
véritables administrateurs s' intéressant aux affaires de
leur
ressort, puisqu' ils ne pouvaient les traiter et régler
directement.
Cet état de fait aboutit fatalement à l' obscurcissement du
sens de
la mission professionnelle des fonctionnaires, à l'affaiblissement de
leur
endoctrinement moral classique, ce qui les rendait extrêmement
vulnérables à la
corruption.
En
vérité, la fonction de gestion
du pouvoir fut de plus en plus déniée à l'élite instruite. La réussite
aux
concours traditionnels n'était plus, à coup sûr, le gage de l' entrée
dans la carrière administrative. Voici la déclaration du résident
supérieur en
Annam aux nouveaux lauréats du concours du doctorat de 1898,
après la proclamation des résultats, le 3
juin 1898
:
...
Huit concurrents ont
été reçus tấn sĩ ; deux sont originaires du Tonkin. Le matin,
cérémonie
officielle devant le Ngọ-môn ; l'après-midi, visite des tấn sĩ à la résidence
supérieure. J'ai
pu leur dire l'estime dans laquelle le Protectorat tenait les lauréats
du
concours, mais j'ai ajouté qu'à des temps nouveaux il faut aussi une
instruction nouvelle et que, à l'autorité morale qui appartient au
titre de tấn sĩ, il
importe de joindre désormais
l'étude de notre langue et de certaines connaissances pratiques sans
lesquelles
on peut être un fonctionnaire respecté,
mais
non un bon fonctionnaire. Quand ils reviendront
du congé auquel ils ont droit de leur province, nous
ouvrirons
aux nouveaux tấn sĩ les
portes du Quốc-học, et la situation que nous ferons au premier
chez
lequel nous constaterons une connaissance suffisante de la langue
française
sera pour les autres un précieux encouragement 18.
En effet,
les autorités
coloniales avaient, dès 1896, enjoint au gouvernement royal de fixer,
en vue de
réaliser des économies sur le personnel administratif, les cadres des
divers
services dans la capitale et dans les provinces : ceux-ci ne devraient
être
dépassés sous aucun prétexte et les nominations n' auraient
lieu qu' au
fur et à mesure des vacances de postes 19. Ce programme de
réduction
du nombre des fonctionnaires fut repris après 1902. Des coupes sombres
furent
effectuées qui abaissèrent le chiffre des mandarins des ministères de
222 en
1902 à 179 en 1908, et celui des agents des divers services à Huế de
404 à 278;
le personnel administratif dans les provinces fut aussi diminué à peu
près dans
les mêmes proportions 20. Par suite de ces mesures
de
réduction, les sĩ
bổ (candidats
en attente de nomination) durent attendre indéfiniment qu' un
poste
leur fût attribué : un Ðào Nguyên Phổ, reçu premier docteur en 1898, ne
put
être nommé au grade auquel lui donnait droit son titre et dut se
résigner à se
faire octroyer un emploi dans les bureaux du journal officiel en
caractères à
Hanoi (Ðại Việt tân
báo); un
Phan Chu Trinh, reçu docteur en 1901, se vit offrir une place
subalterne (thừa biện)
au ministère des
Rites 2l. Ne
pouvant s' intégrer dans le nouvel ordre des choses, l' insatisfaction
de l' élite intellectuelle était grande ; elle
transparaissait sous
une forme satirique dans ce poème de Trân Tế Xương,
lettré de
Nam-Ðịnh :
Que
pouvez-vous faire
maintenant avec les caractères ?
Malgré
vos titres de
docteur ou
de licencié, vous vous recroquevillez, le ventre vide.
Il
aurait mieux valu étudier pour devenir
secrétaire,
Vous boiriez du lait le matin, du
champagne
le soir.
En règle
générale, l' ancienne
classe des lettrés fut dépouillée du statut social dominant qui était
le sien
sous la monarchie traditionnelle, car la situation coloniale la vouait
à ne
pouvoir ni exercer ses fonctions sociales essentielles, ni même
simplement
promouvoir ses intérêts socioprofessionnels 22.
Groupe
social
dépossédé de ses fonctions organiques normales et largement détaché des
structures
de domination, elle prit nettement conscience de son déclassement, de
son
aliénation sociologique. Le sentiment de ce déclassement poussa nombre
de ses
membres à choisir délibérément, sinon de s' opposer
ouvertement à l' ordre
officiel, tout au moins de se situer en marge de l' ordre
social et
politique en place. Afin d' éviter toute collusion avec la
domination
étrangère, certains avaient opté pour une forme négative de
contestation, le
retrait volontaire à la campagne : ils estimaient sauvegarder ainsi
leur
honneur, en refusant de participer à un service public perdu de
réputation. Le
résident supérieur en Annam en rendait compte en ces termes, dans un
rapport du
10 mars 1896 :
... Le plus considérable
de ces mandarins,
Nguyễn
Trọng Hiệp, a... annoncé en plein conseil son intention de prendre sa
retraite
et d'aller se fixer au Thanh-Hóa. L'ancien cinquième régent,
Bùi Ân
Niên, vient d'y mourir, après y avoir créé,
un
peu au détriment des villages et des particuliers, une vaste
exploitation
agricole où il a placé sa famille et sa clientèle. Avant le cinquième
régent,
l'un des premiers lettrés du royaume, Nguyễn Thượng Phiên,
allié à la famille du troisième
régent,
avait transféré ses pénates de Hanoi au Thanh-Hoá. Comme les anciens
mandarins
de la Cochinchine qui, ne voulant pas subir la domination française,
étaient
venus s'installer au Bình-Thuận et au Khánh-Hoà, les vieux lettrés de
Hanoi se
retirent en Annam, dans la province la plus proche de leur pays, le
Thanh-Hoá,
où ils n'auront pas, comme dans la capitale du Tonkin, à subir de trop
près le
contact de l'autorité française 23.
Poussée à
l' extrême,
cette volonté de se maintenir à l' écart de l' évolution
politique et sociale risquait même d' entraîner quelques-uns
à
rejeter toute action, à faire de la conception taoïste du non-agir une
fin en
soi. Cette attitude était toutefois incompatible avec les préceptes
confucéens
qui commandaient à l' homme responsable de «sauver son
siècle» (cứu
thế), de «se sacrifier pour l' amour du prochain» (sát
thân
thành nhân), de «risquer sa vie pour la juste cause» (xả sinh thủ nghĩa). Elle
reçut de dures
critiques, notamment à travers le poème intitulé Ông phỗng đá («La
statue de pierre») d' un Nguyễn Khuyến, qui s'était pourtant
démis de
ses fonctions mandarinales :
Que
faites-vous là debout ?
Immuable
tel que le roc, solide tel que
le bronze. Nuit et jour, pour qui montez-vous la garde,
Voyez-vous
au moins que la
nature s'est transformée ?24
Ces
responsabilités, d' autres
se résolurent à les assumer en abandonnant le mode de vie abstrait,
contemplatif, dans lequel les lettrés n'avaient que trop tendance à se
complaire. C' étaient pour la plupart des hommes nés, à
quelques exceptions près, entre
1870
et 1880 et reçus aux
concours littéraires entre 1898
et 1904. Malgré
leurs grades de tiến-sĩ ou cử-nhân, ils se refusèrent à rechercher
les honneurs officiels, qu'ils
qualifiaient de « titres vides» (hư danh), et
entrèrent délibérément en dissidence. Nourris d'études confucéennes
classiques,
ils s' écartèrent néanmoins de la monarchie et de son
mandarinat
pour chercher ailleurs leur inspiration pour la mise en place d' une
société digne de ce nom, capable de transformer en nation le peuple
asservi par
l' État étranger oppresseur. Ils constituaient un milieu
particulièrement réceptif aux idées qui bouillonnaient en Chine vers
cette
époque. Les écrits des réformistes chinois eurent un profond impact sur
eux et
ils découvrirent en même temps, par le biais des traductions chinoises,
la
pensée occidentale des économistes et des philosophes anglo-saxons et
français 25.
ACTIVISME OU
RÉFORMISME?
Il semble
bien que les idées
sociales, économiques et politiques formulées par le mouvement
réformiste
chinois aient atteint l' élite intellectuelle viêtnamienne
avec
seulement un très léger décalage dans le temps 26.
Les
ouvrages de
Kang Yuwei et de Liang Qichao furent importés surtout par les
nombreuses
jonques chinoises fréquentant les côtes viêtnamiennes et sur lesquelles
il n' était
pas possible pour les autorités coloniales d' exercer une
surveillance rigoureuse. Après leur introduction, les textes
réformistes furent
assidûment recopiés et colportés ensuite sous le manteau dans les plus
lointains villages. Les lettrés des diverses provinces purent accéder,
par ce
moyen, au bout d' un laps de temps relativement court, aux
courants d' opinion
les plus récents qui agitaient les élites chinoises. D'ailleurs, les
Chinois
établis au Viêt-Nam, en particulier dans les ports, étaient demeurés en
relations constantes avec l' Empire céleste et étaient en
communion
de pensée avec les éléments révolutionnaires de leur pays; ils
contribuèrent
pour une certaine part, par les journaux qu'ils recevaient, par leurs
propos,
leurs conversations, à répandre les idées nouvelles 27.
Parmi les
théories introduites
par les ouvrages chinois et qui constituaient «l' instruction
moderne» (tân học), certaines
idées-force trouvaient un profond écho. En premier lieu, la croyance en
l' existence
d' une sélection historique entre les nations. Hantée par le
problème
de la survie d' une nation opprimée dépourvue d' État
dans
un monde d' États-nations, l' élite viêtnamienne
était
toute disposée à accepter la doctrine de l' évolution du
darwinisme
comme une loi naturelle universelle. Au premier abord, l' adoption
de
cette théorie renforça la crainte que le pays, réveillé trop tard, ne
fût
menacé d' extinction. Dans la composition Lương
ngọc danh sơn phú
qu'ils rédigèrent en
commun en 1905, Phan Chu Trinh, Huỳnh Thúc Kháng et Trần Quí Cáp
traçaient un
tableau du passé glorieux du Viêt-Nam, au cours duquel les agressions
de la
Chine avaient été repoussées et la conquête du Chenla et du Champa
réalisée,
pour donner l' impression que la nation était en train de
vivre un
moment décisif, qui risquait de ne jamais se répéter 28.
Mais
ensuite, l'idée se fit jour que la connaissance des moyens de la lutte
pour l' existence
n' était le privilège exclusif d' aucun peuple,
mais
pouvait être révélée à quiconque prendrait la peine de la quérir. Nous
n' en
comprenons que mieux les raisons qui avaient poussé Phan Bội Châu à
rédiger sa
“Lettre écrite avec des larmes de sang des Ryu-Kyu”
(Lưu cầu huyết lệ
tân thư),
dans laquelle il exprimait sa compassion pour le
peuple des
Ryu-Kyu, privé de ses droits territoriaux et de sa souveraineté par le
Japon. L' intention
de Phan Bội Châu n'était pourtant pas d' établir un parallèle
entre
le Viêt-Nam et les Ryu-Kyu, et de dénoncer le Japon comme un agresseur
semblable à la France ; son espoir était au contraire que son pays
échapperait
au sort du peuple des Ryu-Kyu, «race stupide» et «faible», qu'il
deviendrait
plus fort en se modelant sur le Japon 29.
La victoire de ce
dernier
sur la Russie à Tsushima, qui apporta la preuve éclatante des
possibilités d' un
pays d' Asie, allait le renforcer dans son opinion : il
faudrait non
seulement suivre l' exemple du Japon, mais encore rechercher
son
soutien au nom de la solidarité de la race jaune contre les Blancs.
La
lecture des «écrits modernes » (tân
thư)
des penseurs chinois
communiqua d' autre part aux lettrés progressistes
viêtnamiens la
conviction selon laquelle la supériorité de l' Occident
résidait dans
les effets combinés de son avance scientifique et technologique et du
dynamisme
conféré à ses sociétés par la démocratie politique. Ils en concluaient
qu'il
était urgent de procéder à des transformations sociales et politiques,
l' institution
monarchique et tout le système social sur lequel elle reposait étant
devenus
des instruments de la domination étrangère et un obstacle à l'
autodétermination
nationale. Un nouveau nationalisme apparut, qui
associait la régénération de la nation par des réformes sociales et
politiques
au recouvrement de l'autonomie nationale. Mais à quel objectif
faudrait-il
donner la priorité, à la lutte immédiate pour la restauration d'un État
national viêtnamien ou à la modernisation culturelle et l'apprentissage
de la
démocratie ? Tout en étant conscients de la nécessité d'une révolution
intégrale pour sauver leur pays et d'un même consensus dans le combat
pour
l'émancipation nationale30,
les
lettrés divergeaient
cependant sur
les méthodes à employer. Phan Bôi Châu et ses partisans étaient pour
l'activisme : ils préconisaient l'action armée, la reconquête de
l'indépendance par la destruction héroïque, violente du régime
colonial, avec
l'aide militaire d'un tiers pays, du Japon notamment. Ils n'hésitèrent
pas à
s'exiler pour aller chercher à l'extérieur des armes. Leur programme,
qui sous
certains aspects se présentait comme un prolongement de l'ancien
mouvement Cần
Vương,
plaçait l'organisation de
l'insurrection avant le renforcement économique et moral de la nation :
... Une
entente avec le Japon, le Siam,
le Yunnan et le Guangdong nous permettra de lutter contre les Français.
Dans
l'intérieur du pays, il faut chercher les moyens de lutter à outrance,
du nord
depuis Lạng-Sơn au sud jusqu'à Hà-Tiên,
et déterminer les
endroits
propres à tenir garnison, afin que lorsque nos troupes se mettront en
mouvement, elles puissent s'entraider.
D'un
autre côté, il faudrait envoyer des
hommes pour
faire des conférences et ouvrir des écoles pour faire connaître ce
qu'on entend
par civilisation, afin que le peuple sache bien que notre entreprise
est digne
d'être encouragée. Un homme peut entraîner avec lui dix hommes et dix
hommes
peuvent grouper autour d'eux cent hommes. Qui veut aller à l'étranger
étudier
doit être encouragé. Ceux qui sont versés dans le maniement des armes
doivent
être envoyés dans les trois kỳ (Tonkin, Annam,
Cochinchine). Il faut créer
dans
chacun de ces trois kỳ des sociétés de commerce
où viendront se
réunir les adhérents et où
seront déposés les règlements et les préceptes à suivre.
Camarades, qui avez déjà un coeur
patriote,
qui aimez
votre race, réunissez vos forces ! Voyez ce qu'il y a lieu de faire,
ouvrez vos
yeux, mettez-vous au travail, ne continuez pas à être les serviteurs de
ces
gens-là. Vous mandarins et lettrés, aidez-nous secrètement et
pécuniairement.
Quant à vous, interprètes et secrétaires, voyez en cachette la
situation, les
intentions du gouvernement français pour nous venir en aide. Vous,
autorités
cantonales et communales, cherchez les moyens d'entraîner le peuple.
Vous,
soldats, cherchez les moyens de tromper vos chefs et de vous retourner
contre
eux. Vous, domestiques, cherchez les moyens d'assassiner vos maîtres.
Vous,
femmes qui vivez avec des Français, empoisonnez-les. Ainsi, chacun fera
son
devoir de patriotes 3l.
En
revanche, ceux que nous
pouvons qualifier de modernistes préféraient la voie de l' action
légale.
Un certain infléchissement de la politique coloniale, annoncé par le
gouverneur
général Paul Beau qui déclarait, le 30
décembre 1903,
lors
de la proclamation des lauréats du concours des lettrés de Nam-Định.:
«Respectueuse
du droit humain, la France n' entend pas porter atteinte à l' âme
du peuple dont elle a assumé la protection», leur fit croire à la
possibilité
d'un compromis avec le colonialisme, au terme duquel le modèle
politique,
scientifique et technique occidental pourrait être acculturé au
Viêt-Nam. Afin
de tirer le pays de son immobilisme et d'amener l'Administration
française à
consentir à des réformes, ils pensaient qu'il faudrait promouvoir un
mouvement
de masse par l' éducation du peuple et la formation de
nouvelles
classes. A partir de 1905-1906, une campagne pour le renouveau fut
lancée par
le mouvement Ðông Kinh Nghĩa
Thục (École
privée «Dévouement» du Tonkin) à Hanoi et par le mouvement réformiste
des
lettrés d' Annam, dont les plus représentatifs étaient Phan
Chu
Trinh, Huỳnh Thúc Kháng, Ngô Ðức Kế, Ðặng Nguyên Cẩn, etc.32 Le
programme était axé sur la diffusion des connaissances scientifiques et
des
concepts politiques de l' Occident, et le relèvement et le
développement du commerce, de l'industrie et de l' artisanat.
Le mode
d'action était l'organisation au grand jour d' un réseau de
coopératives agricoles ou commerciales et de sociétés d' enseignement
mutuel qui allaient répandre le savoir moderne au moyen de l' écriture
romanisée du quốc ngữ, beaucoup
plus facilement assimilable pour les masses que les écritures
idéographiques
anciennes. Dans cette mobilisation pour le progrès, les lettrés
effectuèrent
eux-mêmes un renversement de l' ordre ancien des valeurs
confucéennes
: ils préconisaient la rupture avec les coutumes surannées et l'abandon
de l' enseignement
purement livresque traditionnel ; ils dénonçaient les préjugés de
classe qui
tenaient en mépris les affaires et valorisaient la fonction
administrative, en
se mettant personnellement à tenir boutique (ainsi Phan Chu Trinh avec
son
commerce de la cannelle et des étoffes du Quảng-Nam
thương-hội, Ngô Ðức Kế
avec sa
librairie-papeterie Triều-dương thư-quán à
Nghệ-An, etc.) 33. Ils rejetèrent enfin sur les
mandarins en
place
la responsabilité des abus dont souffrait la société. Dans sa lettre
ouverte au
gouverneur général de l' Indochine en octobre 1906, Phan Chu
Trinh
déclarait que. la misère de la population viêtnamienne tenait à trois
causes
principales : la trop grande liberté laissée aux mandarins, d' où
leur inertie et incurie ; le dédain avec lequel les Viêtnamiens étaient
traités, d' où le fossé creusé entre eux et le protectorat;
l'isolement de la nation vis-à-vis du protectorat, dont les mandarins
profitaient pour l' exploiter plus à leur aise 34.
La
collaboration
franco-viêtnamienne que souhaitaient les réformistes ne devait
cependant pas
avoir lieu. D'une part, l'Administration coloniale jugeait dangereuse,
du point
de vue politique, les idées propagées par eux, parce qu' elles
risquaient d'inciter la population à faire son évolution intellectuelle
contre
l' autorité française, au lieu de «la faire avec elle, avec
son aide
et sous son contrôle»
35. Pour cette
raison, les
sociétés
coopératives qui virent le jour en 1906-1907 étaient considérées comme
des
foyers d'intrigue; elles n' auraient été fondées que pour
masquer des
buts inavoués de rébellion. D'autre part, l'Administration ne
distinguait pas,
ou feignait de ne pas distinguer, la différence entre l' action
du
parti de Phan Bội Châu et celle des réformistes. Elle était convaincue
que c' était
par esprit de caste que les lettrés qualifiés de «pseudo-nationalistes»
continuaient à fomenter contre elle une sourde hostilité. Les faits et
gestes
de ceux-ci, malgré leur diversité d' apparence,
participeraient donc
des mêmes desseins et recevraient les mêmes directions. D'où cette
appréciation
portée sur l' école Ðông
Kinh
Nghĩa Thục par la résidence supérieure du Tonkin en août
1907 :
L'agitation que cherchent à créer parmi les
indigènes
un groupe de mandarins et de lettrés qui a pour but d'amener un
soulèvement
contre notre domination a son siège à Hanoi et a pour promoteur un
nommé Lương Ngọc Can, cử-nhân originaire
du village de
Như-Khê, province de Hà-Ðông. Ce
lettré a
ouvert au n° 4 de la rue de la Soie avec l'agrément de l'administration
une
école appelée à préparer les jeunes Annamites à l'étude du quôc ngu et
des
caractères; en réalité le but de cette école serait tout autre. C'est
là que se
grouperaient les mécontents désireux de prendre part au mouvement
révolutionnaire et que seraient élaborés les papiers séditieux destinés
à être
répandus dans l'intérieur pour encourager les Annamites à la révolte.
Presque
tous les soirs des réunions politiques ont lieu dans le local de cette
école et
des conférences y sont faites de minuit à deux heures du matin par des cử-nhân et des tú-tài..
Les Annamites qui sont
affiliés à ce
mouvement sont en
relation avec de nombreux indigènes qui ont été envoyés au Japon pour y
faire
leurs études. Le directeur de l'école Ðông Kinh Nghĩa Thục, le nommé Lương Ngọc
Can, a lui-même ses deux fils au
Japon depuis
trois ans ; l'un d'eux est tú-tài. Les élèves annamites envoyés
au Japon
sont placés sous
l'autorité d'un thu-khoa originaire de Thanh-hoá, du
nom de Phan Bôi Châu. Des
souscriptions faites parmi les élèves de l'école Ðông Kinh Nghĩa Thục
et par d'autres sociétés de commerce sont destinées à subvenir aux
besoins de
ces étudiants pendant le temps passé au Japon. Beaucoup de mandarins et
d'interprètes ont versé également de l'argent destiné à être envoyé au
Japon...
36
La
suspicion dans laquelle
étaient tenus les lettrés semblait donner raison aux activistes qui
n'avaient
jamais cru à la possibilité d'un renforcement des droits démocratiques
tant que
se perpétuerait la colonisation. La création de la Chambre consultative
indigène du Tonkin en mai 1907 fut même interprétée comme un acte
destiné à
faire pièce à l' élite intellectuelle. Appelée à donner son
avis sur
les questions d' ordre administratif, économique ou fiscal
intéressant la population, cette assemblée était en effet composée de
chefs ou
sous-chefs de canton et de commerçants patentés, en qui le gouverneur
général
Paul Beau voyait les représentants d'une «tendance progressiste», à
opposer aux
lettrés qui, selon lui, n' agiraient qu' en vertu d' un
traditionalisme atavique :
D'un côté,
ceux qui tiennent démesurément au
passé, de
l'autre, ceux qui veulent marcher vers l'avenir, dans la voie que leur
montre
la nation protectrice. Cet équilibre des partis peut fournir un moyen
précieux
pour maintenir aux époques de crise la tranquillité publique 37.
Or, des
mesures arbitraires
vinrent aggraver un climat social déjà tendu. La plus choquante fut
sans doute
l' internement du roi Thành-Thái, le 29 juillet 1907, puis sa
déposition le 3
septembre
suivant par le résident supérieur en Annam. Elle était ressentie, en
dépit du
peu de prestige dont jouissait le monarque déchu, comme une ingérence
injustifiable de l' autorité coloniale dans l'administration
intérieure du pays, sinon comme une grave atteinte à une organisation
intangible. La destitution de Thành-Thái fut en outre suivie de près
par des
décisions administratives d' une légalité discutable, telles
que
certaines modifications apportées au régime des corvées (ordonnance du
7
décembre 1907), ou la prescription autorisant l' aliénation
des biens
communaux. Toutes ces mesures provoquèrent un grand désarroi dans les
esprits
et un profond mécontentement, que les dirigeants du mouvement
réformiste
voulaient exploiter en essayant d' organiser un courant d' opinion
de masse, susceptible d' influer sur l'administration. Ils
eurent l' idée
de lancer une sorte de mouvement de désobéissance civile, ayant pour
objet le
refus des obligations fiscales : il s'agissait là incontestablement d'
une
revendication ayant un contenu concret, apte à motiver les couches
populaires
et à entraîner leur adhésion. Par des conférences tenues jusque dans
les villages les plus reculés,
par des pamphlets, des
chansons populaires et des affiches, les questions fiscales, les
fautes
ou excès de l' administration, la vénalité de certains
mandarins
furent dénoncés, en termes parfois excessivement violents, de manière à
provoquer les colères et les ressentiments du peuple, à déterminer des
manifestations
de masses, qui devaient toutefois rester pacifiques et calmes :
...
Les mandarins
sont comme un pressoir, et le peuple est comme des arachides dont on a déjà extrait
l'huile. Il n'y a
plus de
chef, il n'y a plus de loi. Le gouvernement n'a de raison d'être que
par le
peuple. Pourquoi ne l'aime-t-il pas et n'aspire-t-il qu'à avoir de
l'argent ?
L'argent, l'argent, c'est l'argent du peuple et non des Français. Si
nous
réclamons avec raison, on ne pourra rien contre nous. Les Français ne
sont pas tous
méchants, et puis ils ne pourront pas nous tuer tous... 38
Les
effets escomptés de cette
propagande ne se firent pas attendre. Le 6 février 1908, sous prétexte
que les
travaux d'utilité publique ne devaient pas souffrir de retard, le
résident de
la province de Quảng-Nam décida de ne plus autoriser le rachat des
journées de
corvée qui leur étaient allouées. Le 11 mars 1908, la population du
Quảng-Nam
se réunit au chef-lieu de la province pour manifester pour la réduction
des
impôts. Les autres provinces de l' Annam ne tardèrent pas à
suivre l' exemple
du Quảng-Nam. L' extension rapide et générale de
démonstrations
rassemblant partout des manifestants en grand nombre prouvait que
l'ascendant
moral de l'élite lettrée parmi les population était demeuré
considérable. Dès
son déclenchement, ce mouvement de protestation contre les impôts
surprit
autant par son intensité que par sa spontanéité. Ce fut, suivant Jean
Ajalbert,
«l' émeute le plus savamment organisée — comme une
répétition, une
manoeuvre d' essai où l' Annam récapitulait ses
énergies,
recensait ses forces de révolte»39.
Les
initiateurs du mouvement
firent preuve néanmoins, dès le début, de beaucoup de déficiences. Au
point de
vue de l' organisation, le manque de coordination était
indiscutable,
le mouvement n'ayant pu éclater au même moment partout, ce qui allait
faciliter
sa répression. En plusieurs occasions, les lettrés furent aussi
rapidement
dépassés par les événements : si leur courage ne devait pas être mis en
cause,
ils montrèrent souvent trop d'indécision, laissant les éléments les
plus
surexcités de leurs suivants s' emparer de la direction des
opérations. Les manifestations, qui auraient dû être des démonstrations
pacifiques,
dégénérèrent parfois, dans le Bình-Ðịnh notamment, en de véritables
émeutes au
cours desquelles des actes de violence furent commis. Dans ces
conditions,
l'Administration n'eut besoin que d'envoyer quelques compagnies d'
infanterie
coloniale et de tirailleurs occuper les places principales pour
rétablir l' ordre
; dès le mois de juillet, elle put estimer que «les dernières troupes
pouvaient
être retirées de l' Annam où le calme et la tranquillité des
habitants... ne rendaient plus la situation inquiétante»40.
D'
importantes
mesures
de répression furent prises cependant. On croyait en effet à l'
existence
d'un mouvement révolutionnaire général, d' autant plus que
des
tentatives d' insurrection armée, fomentées au Tonkin et dans
le
Nord-Annam par des partisans de Phan Bội Châu, avec le concours d'anciens
«chefs de bandes» soumis, dont le Ðề Thám, furent décelées au
même
moment. La découverte du complot d' empoisonnement de la
garnison de
Hanoi à la fin de juin 1908 confirma l'Administration coloniale dans
cette
certitude : ce complot aurait été «un des actes d'un coup de main
préparé en vue
de réaliser le programme exposé par les agitateurs dans des réunions
clandestines et qui consistait à massacrer les Français et à libérer le
pays d' Annam
de la domination française» 441. Les
autorités en prirent
prétexte
pour faire prononcer de sévères condamnations contre tous ceux qui
avaient
semblé vouloir remettre en question la situation coloniale. Au Tonkin,
l' arrêté
du 15 octobre 1908 condamna aux travaux forcés «les lettrés,
professeurs de
caractères, gradés universitaires qui s'étaient faits par leurs
discours et
leurs écrits, les promoteurs de l' insubordination contre
l'autorité
du protectorat». En Annam, les appels en faveur du mouvement
coopératif, la
propagande pour les idées nouvelles, les manifestations contre les
impôts,
furent réunis sous le même chef d' accusation de complot de
trahison
; leurs auteurs furent condamnés soit à la peine de mort, soit à l'
emprisonnement
à Poulo Condore 42.
L' élite
intellectuelle
nationaliste fut considérablement décimée par ces mesures répressives.
La plupart
de ceux qui avaient pu échapper aux poursuites se réfugièrent à l'
étranger,
rejoignant Phan Bội Châu dans son exil. Pour eux, le fiasco de 1908
devait
condamner sans rémission toute entreprise de décolonisation graduelle
par la
diffusion du progrès et par l' évolution pacifique vers un
régime
autonome. Ils n' allaient plus hésiter entre le réformisme et
la
violence et allaient se laisser gagner aux méthodes de la propagande
par le
fait préconisées par les anarchistes et socialistes japonais et chinois 43.
Cependant, le rôle historique de la classe des lettrés confucéens
semblait
être arrivé à son terme, bien avant l' abolition des concours
littéraires en 1918, qui devait consacrer définitivement son extinction.
NGUYỄN THẾ ANH
NOTES
1.
Dépôt
des Archives d'Outre-Mer (Aix-en-Provence), Gouvernement général de l'Indochine, dossier 6553.
2.
Georges
Boudarel,
“Phan Bôi Châu
et la société viêtnamienne de son temps”, in France-Asie, n° 199, 4e trim.
1969, p. 417420; Nguyên Thê Anh,
“Le nationalisme viêtnamien au début du XXe siècle...”, in Bull. de
l'École franç. d'Extrême-Orient, t. LXV, 1978,
p. 421-430.
3.
Arch.
Nat., Section d'Outre-Mer, Indochine AF, carton 9, dossier A
20 (57).
4.
Rapport
de Paul
Doumer au
ministre des Colonies du 1er oct. 1897 (Dépôt des Arch. d'Outre-Mer, Gouvernement
général de l'Indochine, dossier 9576).
Par l'ordonnance royale du 14 août 1898, l'impôt personnel en Annam,
compte
tenu du rachat de vingt journées de corvée à raison de 10 cents par
journée,
passa de 0,20 à 2,20 piastres.
5.
Pour
le sel par exemple, l'arrêté du 31 décembre 1893 avait limité la taxe à
0,07
piastre par picul (60 kg); mais en 1897, cette taxe fut fixée à 0,50
piastre
les 100 kilogrammes, puis s'éleva progressivement pour atteindre 2
piastres en
1904 et 2,25 piastres en 1906.
6.
Une
piastre valait alors en moyenne 10 ligatures.
7.
Dépôt
des Arch.
d'Outre-Mer, Gouvernement général de l'Indochine, dossier
21 374.
8.
Dès
1898, le résident supérieur en Annam,
Boulloche, rapportait que ce régime du sel «va être la ruine des
pêcheries et
de toutes les industries qui se servent du sel. Le prix de la vie
augmentera
dans des proportions dangereuses...», et qu'il «condamne l'habitant...
à payer
au détail 2 piastres un picul de sel qu'il payait autrefois 15 à 20
cents»
(Dépôt des Arch. d'Outre-Mer, Gouv. gén. de l'Indochine, dossier
20
477).
9.
Il
n'était plus question, après 1898, de payer en riz l'impôt foncier
comme dans
le passé : l'ordonnance royale du 14 août 1898 classa les rizières et
les terres
cultivées en plusieurs catégories pour en répartir la cote foncière, la
première étant imposée de 1,50 piastres par mẫu (0,36 ha).
10.
Dans
son rapport du 1er octobre 1897 au ministre des Colonies, le gouverneur
général
Paul Doumer écrivait: «Nous avons réglé la question de la propriété
territoriale des Français en Annam. Jusqu'ici, nos nationaux ne
pouvaient avoir
des terres en toute propriété qu'au Tonkin et dans les ports de
l'Annam. Par
l'ordonnance royale qui a été rendue le 27 septembre, ce droit leur est
reconnu
dans tout le royaume. Cela va permettre de régulariser un certain
nombre de
situations personnelles restées fort précaires... et d'étendre la
colonisation
européenne en Annam» (Dépôt des Arch. d'Outre-Mer, Gouv. gén. de
l'Indochine,
dossier 9576).
11.
Châu
Bản
(Documents
rouges des archives impériales), règne de Thành-Thái, t. 37, f°160.
12.
Dépôt
des Arch. d'Outre-Mer, Résidence
supérieure du Tonkin, dossier 20 465.
13.
Arch.
Nat., Section d'Outre-Mer, Indochine AF, carton 7, dossier A
20 (40).
14.
Viêt-Nam
vong quốc sử (Histoire de la perte
du pays
viêtnamien), trad. en quốc-ngữ de Tạ Thúc Khải, Annales de la
Faculté des
Lettres de Saigon, 1959-1960, p. 16.
15.
Le
sentiment de la trahison perpétrée par la monarchie contre
l'indépendance nationale
devait même entraîner certains lettrés à désigner le roi par les mots «dân
tặc» (ennemi du peuple), au
cours de
réunions tenues à Hanoi, à l'occasion du concours du doctorat de 1904
(Arch.
Nat., Section d'Outre-Mer, Indochine NF, carton 8, dossier 28
(2).
16.
Arch.
Aff. étrang., Mémoires et Documents, Asie, vol.
102, f° 310.
17.
Jean
Ajalbert, Les destinées de l'Indochine. Voyages, Histoire,
Colonisation, Paris, 1909, p. 241.
18.
Dépôt
des Arch. d'Outre-Mer, Gouv. gén. de l'Indochine, dossier 20 477.
L'arrêté du 6 juin 1898 apporta une première modification
au programme des concours triennaux, en instituant, à la suite des
épreuves
classiques traditionnelles, une série d'épreuves portant sur la
connaissance de
la langue française et du quôc ngữ; il fut en outre stipulé
qu'à dater
de la session de 1903, l'accès aux emplois publics ne serait possible
aux
gradés qu'à condition d'avoir satisfait à ces épreuves supplémentaires
(Arch.
Nat., Section d'Outre-Mer, Papiers d'Agents 9, carton 5,
dossier 7).
19.
Arch.
Nat., Section d'Outre-Mer, Indochine AF, carton 8,
dossier A 20 (43).
20.
Dépôt
des Arch. d'Outre-Mer, Gouv gén. de
l'Indochine, dossier 5943.
21.
Arch.
Nat., Section d'Outre-Mer, Indochine NF, carton 50,
dossier 598.
22.
Voir, à ce
propos, les remarques pertinentes de Daniel Hémery, “Ta Thu Thâu :
l'itinéraire
politique d'un révolutionnaire viêtnamien”, in Histoire de l'Asie
du
Sud-Est. Révoltes, Réformes,
Révolutions, Lille, 1981, surtout p. 194-207.
23.
Dépôt
des Arch. d'Outre-Mer, Gouv. Gén.
de l'Indochine, dossier 22 302.
24.
Thơ văn yêu nước nửa sau thế kỷ XIX (1858-1900), Hanoi, 1976, p. 394.
25.
Georges
Boudarel, op. cit.; Ralph
Smith, Vietnam and the West, London, Heinemann, 1968, p. 32-37.
26.
David
Marr, Vietnamese Anticolonialism (1885-1925), Berkeley,
Univ. of California Press, 1971, p. 98-100.
27.
Arch. Nat., Section
d'Outre-Mer, Indochine NF, carton 32, dossier
451.
28.
Le
darwinisme fut utilisé par des mandarins
ayant choisi de collaborer avec l'administration coloniale pour faire
l'apologie du protectorat français. Une étude intitulée Gương Sử Nam (traduite en français
sous le
titre En Annam) de l'ancien kinh lược du
Tonkin, Hoàng Cao Khải, contient cette phrase caractéristique : «Que la
race
forte soit victorieuse, la race faible vaincue, c'est la manifestation
d'une
loi naturelle. Il faut, si l'on appartient à la race faible, avoir
recours au
plus fort que soi pour son propre développement».
29.
Massaya
Shiraishi, «Phan Bôi Châu
and
Japan», in Tonan Ajia Kenkyu (Southeast
Asian Studies), vol.
13, n°
3, déc. 1975, p. 427440.
30.
Voir
par exemple, le poème “Fondons un seul caractère : 'même coeur'” (Xin
đúc
một chữ dồng) du
lettré Lê Đình Cân, dans Thơ văn yêu nước và cách mang đầu thế kỷ XX (Littérature patriotique et révolutionnaire
du début
du XXe siècle), Hanoi, 1976, p. 473-480.
31.
Arch. Nat.,
Section d'Outre-Mer, Indochine NF, carton 51, dossier 604.
32.
Georges Boudarel, op. cit., p.
368-388 ; Nguyễn
Hiến Lê, Ðông Kinh Nghĩa Thục, Saigon,
Lá Bối, 1968, nouvelle édition révisée.
33.
Nguyễn
Văn
Xuân, Phong-trào
Duy-tân (Le mouvement
réformiste), Saigon, Lá Bối, 1970,
375 p. Il existe une traduction française de
cette lettre par E. Huber, dans Bull. de l'École
franç. d'Extrême-Orient, 1907, p. 163-175. Phan Chu Trinh y formulait
aussi une critique indirecte contre la cour de Huế, ce qui allait faire
dire à
celle-ci que cette lettre «ne contenait que des félonies, à preuve les
termes
employés de 'trône asservi', qui témoignaient à eux seuls de
l'intention
condamnable de son auteur de récuser l'autorité royale» (Châu Bản, règne de Duy-Tân, vol. 17, f° 47, cité
dans Nguyễn Thế Anh, Phong
trào kháng thuế miền
Trung năm 1908 qua các Châu bản trều Duy-Tân – Le
mouvement de protestation
contre les
impôts au Viêt-Nam du Centre en 1908 à travers les Documents rouges du
règne de
Duy-Tân, Saigon, 1973, p. 51).
34.
Dépôt
des Arch. d'Outre-Mer, Gouv. gén. de
l'Indochine, dossier 9577.
35.
Dépôt des
Arch. d'Outre-Mer, Rés sup.
Tonkin, dossier
20 465. Soupçonnée d'être «l'auteur
de toutes
les imbécillités qui se commettent dans le Tonkin par un nombre considérable
d'autres sociétés secrètes dont l'administration ignore la présence»,
selon les
termes d'un de ses enseignants, Nguyễn Văn Vĩnh, dans sa lettre du 11
décembre
1907 à Hauser, maire de Hanoi, l'école Đông Kinh Nghĩa Thục fut fermée,
par
mesure administrative, en décembre 1907.
36.
Rapport du
26 octobre 1907 au ministre des Colonies, Arch. Nat., Section d'Outre-Mer, Indochine AF, carton
9, dossier A
20 (54).
37.
Extrait
d'une affiche placardée sur les murs de Faifo (Arch.
Nat., Section d'Outre-Mer, Indochine NF,
carton 12, dossier 58).
38.
Jean Ajalbert, op. cit., p. 121.
39.
Arch.
Nat., Section d'Outre-Mer, Indochine NF, carton 50, dossier 598.
40.
Id.,
carton 51, dossier 604.
41.
Les
documents relatifs à ces procès sont réunis dans notre
recueil Phong
trào kháng thuê miên Trung nam 1908..., Saigon, 1973, 187 p.
42.
Georges
Boudarel, “L'extrême-gauche asiatique et le mouvement
national viêtnamien (1905-1925)”, in Histoire de l'Asie du
Sud-Est. Révoltes, réformes, révolutions. Lille, Presses
Universitaires de Lille, 1981, p.
165-192.
43.
Revue
française d’Histoire d’Outremer-, t.
LXXII (1985), n° 268, pp. 291-307.
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