Noyant d’Allier cinquantenaire de l’arrivée des rapatriés d’Indochine

Les 12-13 et 14 août 2006 ont eu lieu les fêtes commémorant le cinquantenaire de l’arrivée des rapatriés d’Indochine à Noyant d’Allier.  Photos extraits  du site http://noyant03.free.fr/

L’histoire de Noyant commence avec la chute de Dien Bien Phu.

Les troupes françaises d’Indochine doivent se replier. La France signe deux mois plus tard les accords de Genève qui sonnent le rapatriement des familles Françaises du Nord en 1954 et 1955 vers le centre de Noyant d’allier ou le camp de Sainte Livrade.





Le petit village situé à 23 kms de Moulins a accueilli de 1955 à 1965 les rapatriés. Ils arrivèrent d’Indochine une nuit d’octobre 1955.
L’hiver fut rude cette année là, on pensait agrandir le cimetière car avait on dit « ils ne tiendront pas le coup… ».
Ils tinrent le coup et certains sont encore aujourd’hui à Noyant.
Les autres sont allés ailleurs là où il y avait du travail un peu partout en France ou partis au « camp » de Sainte Livrade.

Au 1er janvier 1955, date officielle de l’arrêt de l’accueil à Noyant on dénombre 1014 rapatriés dont 264 adultes, 750 enfants et adolescents domiciliés dans les corons désaffectés autrefois destinés aux mineurs polonais et à leur famille jusqu’à la fermeture de la mine en 1943.


La population française de Noyant, la plupart de souche paysanne et anciens mineurs soit 691 personnes, habite au bourg et dans les fermes avoisinantes séparées des corons par le vieux cimetière.

De mémoire de sociologue et d’ethnologue, jamais un peuple ne s’est fixé ainsi dans un endroit qui ne devait être qu’un lieu de transit et de ghetto pour reproduire les conditions de vie antérieures. Les familles les plus pauvres sont autorisées à rester et ont construit leur vie comme au pays sans oublier de s’intégrer à la vie française hors du village.


Au 1er janvier 1955, date officielle de l’arrêt de l’accueil à Noyant on dénombre 1014 rapatriés dont 264 adultes, 750 enfants et adolescents domiciliés dans les corons désaffectés autrefois destinés aux mineurs polonais et à leur famille jusqu’à la fermeture de la mine en 1943.






Rapatriés certes, pour les hommes nés parfois en France et partis en Indochine comme militaires, commerçants, fonctionnaires mais pour leurs épouses et pour leurs enfants nés au Vietnam, au Cambodge, au Laos, à Pondichéry, métis, quarterons et vietnamiens naturalisés ou citoyens français des comptoirs, c’est une véritable expatriation ou exil !
La première vague de l’hiver 1955 arriva dans les corons délabrés, sans eau courante avec pour seul bagage, leurs enfants.

Un jeune couple de chercheurs du CNRS, Ida Simon-Barouh et Pierre-Jean Simon professeurs de sociologie et ethnologues ont vécu dans le village de Noyant durant l’année 1965 pour étudier la population exilée.
La parution de deux livres « rapatriés d’Indochine : un village franco-indochinois en Bourbonnais » et « rapatriés d’Indochine : seconde génération » témoigne des faits.
Un film « que sont devenus les enfants de Noyant » est disponible en CD.
Aujourd’hui, la moitié des 930 habitants est d’origine eurasienne.


Symbole de cette culture indochinoise solidement implantée : la pagode construite en 1982 où vit un bonze rétribué à l’année par l’association bouddhiste de Noyant .  Un immense bouddha s’alanguit dans les corons de Noyant dans le tintement des clochettes et dans l’extase du bassin de
lotus !


 





Un soir de beuverie, il y a un an, une bande de copains décide de fêter les 50 ans de l’arrivée de leurs parents au village.
Ils effectuent des démarches auprès des autorités, préfecture, mairie, association, banques pour obtenir de l’aide matérielle.
Les portes ne s’ouvrent pas toutes et restent fermées pour certaines mais devant leur obstination, le préfet de l’Allier et le Maire se sont laissés convaincre.

Philippe Tran ingénieur agronome a relevé le pari fou de faire pousser du riz . La récolte prévue en août  est reportée à cause du mauvais temps mais nous avons assisté au repiquage du riz dans une petite rizière durant ces trois jours de festivités.
Des cours de cuisine notamment la préparation des galettes de riz ainsi que le lait de soja ont attiré un large public.

Un immense stand de fruits exotiques invite à la dégustation les visiteurs enchantés.

Une immense galerie de photos souvenirs de l’année 1965 prises par Ida Simon-Barouh sociologue-ethnologue  nous plonge dans une dimension de tristesse et de nostalgie.

Le stand des cerfs-volants a rencontré un franc-succès auprès des enfants mais aussi des adultes.
On y apprend comment construire un cerf-volant et le lancer.

Une démonstration d’arts martiaux (karaté, shotokan, tae-kwon do, taï chi chuan) a réuni les élèves des anciens maîtres de Noyant dont le plus connu Roger Paschy champion de karaté.
Aujourd’hui, le relais est assuré par Kléber et François Brassecasse -Gabriel Robin- Bruno Szymonik et Thierry Legoff et d’autres non cités, tous bénévoles pour des cours au domicile.

Danses indiennes, chants traditionnels du Vietnam, projection des films « la feuille de bétel » tourné il y a plus de vingt cinq ans à Noyant et le dernier de 2005 « que sont devenus les enfants de Noyant ? » nous ont remplis le cœur de nostalgie.

Le 29 octobre 2005, la statue représentant « une mère portant un enfant dans les bras et tenant un autre par la main », hommage émouvant aux mères vietnamiennes est installée devant la mine désaffectée, première étape du cinquantenaire. Elle témoigne du courage, de l’abnégation et de la souffrance des mamans exilées. Elle est la preuve de notre reconnaissance à toutes les mères qui ont porté, nourri et consolé les enfants devant la démission des pères tellement perturbés par l’exil.

Je peux témoigner de l’émotion des retrouvailles pour moi même après 35 ans d’absence, de revoir à chaque mètre sur le chemin des corons au bourg, mes amis d’enfance et les mères encore vivantes que nous appelons toutes nos « tatas ».

J’ai revu le chêne centenaire qui se dresse toujours devant l’école de la mine fermée, cet arbre saura t’il un jour qu’il nous a insufflé à tous les enfants la rage de vivre et de survivre, d’avoir une position sociale et à moi la passion des poésies de Victor Hugo car je les récitais sous son pied.

Quel choc de parler vietnamien avec un des fils du facteur Saint Léger (17 enfants bourbonnais nés de père et mère français qui ont grandi dans le village et ont adopté notre culture, notre langue et parle le vietnamien couramment et mieux que certains enfants de rapatriés).

Avec mon époux , j’ai arpenté les rues des corons jusqu’au bourg à la recherche d’un passé que je voulais à jamais oublier.

J’entends encore le témoignage d’une jeune femme lors de la projection du film : « je suis partie en Inde pays de mon père, je ne me sentais pas chez moi !
J’ai fait le voyage au Vietnam, je me sentais comme chez moi, mais c’est en revenant à Noyant que j’ai compris que chez moi c’est ici ! »
La recherche d’identité a été longtemps notre quête toutes ces années dans le village.

Aujourd’hui, plus de 40 ans après, arrivés à l’âge de la sérénité avec femmes maris et enfants, nous, enfants de rapatriés issus des corons de Noyant, avons compris, que nous sommes un exemple d’intégration.

Beaucoup envisagent de rentrer à Noyant pour vivre leur retraite car ils se sentent en sécurité et il y règne une admirable fraternité.

Nous avons tous connu de terribles épreuves, aucune famille  n’est épargnée mais seule compte la façon dont nous apprécions les rares instants de bonheur.

De cette vie terrestre, j’ai cette rare chance d’avoir bouclé la boucle et d’être depuis cet été en paix avec moi même. Ces trois jours resteront à jamais dans ma mémoire. Ils sont pour moi, la fin d’un voyage commencé un hiver de l’année 1962 à Noyant, poursuivi par une quête d’identité au Vietnam en 2001 et un  retour à Noyant en août 2006 pour le cinquantenaire et je peux affirmer avec du recul, une deuxième vie qui commence plus sereine.

Agnès Bosc-Robert
Septembre 2006