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*
* *
Je me suis parfois retrouvé à douter de
l’utilité de
mon appartenance à la Franc-Maçonnerie en m’interrogeant en ces
termes :
« qu’est-ce que je fais ici, parmi cette assemblée de gens
hétéroclites
que je ne connais pas bien individuellement ? », « A
quoi cela
me sert-il de les fréquenter à répétition ? », « Dois-je
encore
rester Franc-Maçon et continuer à adhérer à mon Ordre ? » .
Après avoir
toujours répondu, positivement, à toutes ces interrogations en fonction
de mes
convictions personnelles, je me suis dit qu’il fallait aller plus loin,
en
remontant aux sources historiques de la Franc-Maçonnerie, pour savoir
pourquoi
c’est l’Angleterre qui a accouché de la Franc-Maçonnerie spéculative,
il y a
trois siècles, et pourquoi cette école de pensée s’est donnée pour
règle
constitutionnelle, la recherche permanente de la vérité dans un cadre
de
tolérance générale et de totale liberté individuelle, en veillant à
réaliser la
fraternité universelle par une lutte constante pour la justice, le tout
ne
devenant possible qu’en invitant chacun des membres de cette
association à une
discipline initiatique personnelle qui lui permette de se connaître et
de se
perfectionner intérieurement avant de pouvoir agir en dehors de
l’association
pour le Bien de l’humanité entière.
En tant que chercheur des vérités humaines,
soucieux
de découvrir la genèse de toutes choses qui concernent la façon de
penser et
d’agir de l’homme, en tout lieu et en tout temps, je me suis donné pour
tâche
de réunir ici des analyses pouvant permettre de comprendre l’évolution
de la
pensée anglaise durant les siècles qui ont précédé l’éclosion de cette
belle
école de pensée à Londres et au début du XVIII°.
- LA PENSEE PHILOSOPHIQUE DU MOYEN AGE
Au Moyen Age, l'esprit européen était dompté
par la
pensée unique des Pères de l'Eglise, dans une sorte de ghetto
spirituel,
sauvegardé par l'Inquisition. Il n’y avait pas de philosophie médiévale
à
proprement parler, alors qu’il y a eu des cathédrales et des chansons
de geste
et des tas d’autres créations artistiques. Tout l’art médiéval et toute
méditation de l’esprit humain ne devaient servir qu’à exprimer la même
foi, à
la seule gloire de Dieu en Christ, de telle sorte qu’il ne pouvait
exister
d’autre philosophie à titre profane et qui puisse être laïque. Toute
pensée
philosophique était limitée à se conformer aux préceptes religieux,
considérés
comme une Révélation divine sous la forme des dogmes exprimés dans les
saintes
écritures, et dont l’assimilation par les fidèles se faisait à travers
une
argumentation dite scolastique, c.à.d non soumise à débats.
Or, le grand événement de la pensée médiévale
se
trouve dans la traduction en latin (demeurée langue commune des lettrés
européens jusqu’au XVI°) des ouvrages arabes ayant trait à la pensée
d’Aristote
et à celle de ses commentateurs comme Avicenne, Averroès ou Maïmonide.
Et c’est
justement le problème d’harmonisation de la pensée des Pères de
l’Eglise avec
toute cette nouvelle méthode de pensée, dite dialectique, recueillie à
partir
du XII° dans les œuvres d’Aristote transmises et développées par les
penseurs
arabes et juifs de l’Espagne occupée, qui va alimenter les réunions de
tant de
Conciles au Moyen Age, jusqu’au Concile de Trente au milieu du XVI°,
consacré à
la contre-Réforme, où « La Somme Théologique » de saint
Thomas
d’Aquin, opérant une synthèse de la logique aristotélicienne et des
dogmes
catholiques, sera reconnue comme livre saint à côté de l’Evangile.
En effet, au XIII°, Thomas d’Aquin avait su
convertir la métaphysique d’Aristote en théologie rationnelle, en
reprenant la
distinction aristotélicienne de l’essence et de l’existence pour
soutenir qu’en
Dieu, l’essence est incluse dans l’existence, alors que c’est
l’intervention de
Dieu dans l’essence de l’homme qui fait obtenir à l’homme son
existence. C’est
là que se trouve le fondement de « La somme théologique » de
Thomas
d’Aquin, devenue la doctrine officielle de l’Eglise, sous la
dénomination de
« thomisme » à tel point que tous ceux qui tenteront de
contester
cette distinction thomiste de l’essence et de l’existence seront
condamnés pour
hérésie en étant brûlés vifs sur un bûcher au vu et au su de toute la
population.
En résumé, toute pensée philosophique
médiévale doit
revenir à la Foi, dont la conformité est régulée par les tribunaux
épiscopaux
jusqu’au moment où, la dépravation des mœurs du Haut Clergé ayant
suffisamment
écœuré les fidèles du XI° au début du XIII°, le Pape Innocent III se
décide à
confier le contrôle des consciences et des écrits à une institution
spéciale,
l’Inquisition, dirigée par les pères dominicains et franciscains.
Toute philosophie médiévale devant être la
servante
de la théologie, les doctrines médiévales ne pouvaient donc pas avoir
pour
objet la recherche de la vérité, puisque cette Vérité était supposée se
trouver
dans la seule Bible, et qu’il suffisait d’adapter à la Vérité révélée
toutes
les autres théories existantes, empruntées soit à l’Antiquité
greco-latine,
soit à la pensée arabo-musulmane de l’époque. C’était le but tactique
de la
méthode scolastique, signifiant
littéralement « ce qui est enseigné à l’école », donc sans
débat ni
critique, en laissant au croyant catholique le soin de classer ses
connaissances par cœur, sans avoir à les vérifier ni à en observer les
faits.
C’était la mort de la philosophie.
Une exception est, néanmoins, à distinguer
pour
l’Angleterre où, dès le XI° siècle, avec l’arrivée des premiers Juifs
en
Angleterre, un astronome, Pedro Alfonso, avait réussi à introduire une
tradition de recherche scientifique, renforcée par Robert Grossetête
qui a
découvert, le premier, la nécessité d’appliquer les mathématiques à
toutes les
sciences de la nature et qui a réclamé la nécessité de l’observation et
de
l’expérimentation pour tester les hypothèses théoriques, à la
différence de
tout ce qui concerne les dogmes religieux et la Révélation. Cette
première
orientation empiriste est renforcée, à la fin du XIII°, par Roger Bacon
qui écrit
notamment: « La preuve par le raisonnement ne suffit pas, il
faut, en
plus, l’expérimentation ».
A la même époque(XIII°), Duns Scot réclame de
distinguer le domaine de la Foi, non soumis au raisonnement
dialectique, des
autres domaines religieux qui doivent pouvoir bénéficier de réponses
claires et
rationnelles. Et au milieu du XIV°, le franciscain Occam, va aussi
séparer le
domaine des affaires qui touchent à la Foi de tous les autres thèmes
religieux,
où il convient d’appliquer le raisonnement dialectique.
Cette avancée méthodologique et
intellectuelle
d’Oxford prédispose cette université à une certaine ouverture d’esprit
qui la
laisse continuer à enseigner Aristote, Kharazmi (mathématicien arabe,
fondateur
de l’algèbre) et Euclide(père de la géométrie), alors que l’archevêque
de Paris
interdit l’enseignement d’Averroès et d’Aristote à La Sorbonne au
milieu du
XIII°. Cela fit acquérir à Oxford une grande réputation européenne pour
l’enseignement des mathématiques et de toutes autres sciences. Cette
renommée
est confirmée à la fin du Moyen Age, où Roger Bacon
va découvrir, le premier et à Oxford,
la philosophie empiriste, annonçant en cela ses
successeurs,
Francis Bacon, Newton et toute la nouvelle ère scientifique qui va
éclore en
Angleterre.
- L’APPORT ESOTERIQUE DE L’ACADEMIE DE
FLORENCE AU XV°
La République de Florence, fondée en 1293 par
l’association des marchands et des artisans, qui excluent toutes les
familles
nobles de l’exercice du pouvoir, était au milieu du XV° un minuscule
Etat, qui
s’empare de Pise en 1406 pour en faire son port maritime, et qui va
briller à
travers l’Europe grâce à l’action de Côme De Médicis, richissime et
puissant
banquier florentin, qui accueille des intellectuels grecs fuyant les
conquérants Turcs. En 1433, l’empereur de Byzance, se rend au Concile
de
Ferrare, accompagné de son Patriarche orthodoxe et de l’érudit Pléthon,
pour
sceller la réconciliation des 2 Eglises, catholique et orthodoxe,
séparées
depuis 1054 au sujet du Filioque ( sur le rôle du Fils dans le mystère
de la
Trinité), en vue d’obtenir l’aide des Chrétiens d’Occident contre le
Sultan
ottoman.
En 1439, Côme de Médicis, obtient le
transfert du
Concile à Florence, où il invite Pléthon à fonder une « école de
la
sagesse » à l’image de l’Académie de Platon. Pléthon initie alors
les
élèves à son enseignement ésotérique, à partir de la théorie des
« émanations » de Plotin, chef de file de l’école
néoplatonicienne
d’Alexandrie du IIIème siècle, où il prêchait un monothéisme rationnel
et
tolérant, tout en croyant aux vertus de l’astrologie, considérée alors
comme la
discipline reine parmi les sciences de l’époque.
A sa suite, l’Académie de Florence, animée
par
Marsile Ficin et Pic de la Mirandole, va puiser dans l’astrologie une
science
de la magie naturelle qui soit rationaliste, par opposition à la magie
noire,
irrationnelle : il s’agit d’utiliser les mécanismes et les forces
de la
nature pour agir sur la nature et pour le bien des hommes. C’était une
forme
pré-scientifique de manipulation des lois naturelles non encore
découvertes,
que les nouvelles sciences, l’alchimie, la Kabbale ainsi que le
« Corpus
hermeticum » d’Hermès Trismégiste, prétendaient transcender grâce
à leurs
secrets hérités de la Tradition. A cet effet, dans leur cadre de
recherche collégiale
au sein de cette Académie, les académiciens étaient individuellement
invités à
disserter sur la vertu d’Amour, parce que, pour toutes ces
« sciences », l’amour est considéré comme principe de vie
animant
l’harmonie de l’univers, et qu’à ce titre, sans le liant d’Amour, les
acteurs
ne pouvaient rien réussir.
L’Académie de Florence enseignait à présent,
au
milieu du XV°, que l’homme doit faire table rase de tous les préjugés
contenus
dans ses connaissances, pour ensuite reconstruire rationnellement son
nouveau
système de pensée. Tous les académiciens de Florence devaient alors se
consacrer à la recherche de la vérité, sans aucune limite,
en commençant par l’étude des textes anciens
relevant de la Tradition primordiale, et notamment Plotin, Hermès
Trismégiste et
la Kabbale, qui ont été occultés depuis des siècles par la censure
ecclésiastique ou brûlés par l’Inquisition. La tolérance religieuse y
était
pratiquée, puisque les confessions religieuses y étaient diverses,
catholiques,
orthodoxes, monophysites grecs, juifs et arabes d’Espagne, avec, pour
devise de
l’Académie, la fameuse phrase de Pléthon, prononcée au Concile de
Florence : « Chaque religion n’est qu’un morceau du miroir
brisé
d’Aphrodite ».
Cette expérience italienne de l’Académie de
Florence
s’était propagée à travers toute l’Europe grâce aux relations de
Laurent De
Médicis dit « Le Magnifique » avec les autres cours
princières
d’Europe, ainsi qu’aux voyages de quelques membres prestigieux de cette
Académie, comme Pic de la Mirandole qui diffusa la pensée que la
liberté est le
don de Dieu à l’homme pour qu’il puisse choisir ses croyances sans
aucune
censure ni condamnation, tout diffusant le goût pour l’étude de la
Kabbale. .
A l’image de l’Académie de Florence, des
cercles
savants, parfois appelés « académies » ou
« collèges » ont
été progressivement créés un peu partout en Europe, échangeant leurs
études et
communiquant des informations sur l’évolution de leurs recherches
portant sur
la Nature et la société. Cela finira par former, au début du XVII°, une
sorte
de « République des Lettres » dont le fonctionnement reposait
sur un
réseau de correspondants.
- LA RENAISSANCE
ANGLAISE DU XVI°
Thomas More (1478-1535), à la fois
philosophe, théologien, juge et homme d’Etat, va affronter les soucis
de
création d’un Etat moderne, caractéristique de l’ère nouvelle qui
s’annonce au
début du XVI°, où l’idée du rapport des forces politiques et humaines
est en
train de supplanter la conception providentielle et de droit divin.
Avec cette
idée d’absence d’intervention de Dieu dans l’action politique du Roi,
Sir
Thomas More imagine, en 1516, une république qu’il dénomme « Utopie »(signifiant
« nulle part »), qu’il conçoit sous la forme d’une société
parfaite,
ne connaissant ni guerres, ni misère, ni crimes, ni injustice, ni aucun
des
autres maux qui avaient accablé l’Europe du XV°. Il explique cet état
de grâce,
par l’absence de propriété privée, par une entière tolérance religieuse
et par
l’impossibilité de confisquer le pouvoir grâce à un contrôle permanent
des
citoyens sur les organes de l’Etat. Cet Etat offre à chacun, fille et
garçon,
l’accès gratuit à l’enseignement technique ou professionnel de son
choix pour
apprendre un métier. La religion en vigueur est un théisme neutre, sans
confession particulière, où c’est la loi morale qui est en vigueur, et
où les
prêtres sont choisis leur sainteté. Des
cours d’instruction civique éveillent la conscience politique des
élèves. Il
n’existe pas de ségrégation sexuelle.
A travers cette étude de référence, Thomas
More pose
finalement la question des moyens de réaliser le bonheur de l’homme et
du sens
de son existence. Il veut prouver, à travers « l’Utopie »,
que la
bonne gouvernance d’un peuple consiste à mettre les services de l’Etat
au
service des aspirations sociales, en vue de libérer l’homme de ses
chaînes pour
en permettre l’épanouissement, notamment grâce à la suppression de la
propriété
privée, seul remède social à l’injustice. A la différence de son
contemporain
Machiavel, il s’oppose à la raison d’Etat comme moyen de gouvernement,
préférant qu’elle soit toujours conforme
au bien être de la population. C’est
d’ailleurs en appliquant
ses propres principes de refus d’obéissance à la raison d’Etat, qui
avait
conduit Henri VIII à se proclamer chef de l’Eglise d’Angleterre avec
confiscation des biens du clergé et des monastères, qu’il se fait
condamner à
mort par son propre Roi.
Par son exemple de vie et par ses œuvres
littéraires, Sir Thomas More préconise une refonte totale de la société
naissante de la Renaissance anglaise, en proposant qu’elle soit
désormais
gouvernée par l’humanisme politique. Cela devait inspirer un siècle
plus tard,
« La nouvelle Atlantide » de Francis Bacon,
publiée en 1627. L’exemple socratique de Sir Thomas
More marquera
de nombreuses générations d’intellectuels anglais.
- LA NOUVELLE
CONCEPTION DU MONDE A LA
RENAISSANCE
Ce qui va le plus changer avec la pensée de
la
Renaissance, c’est le changement de la conception que l’homme avait de
sa place
dans le monde. Il va devoir, à présent, chercher à s’expliquer comment
les
choses se passent dans ce monde « nouveau », dont toutes
les
données, sur terre et dans l’espace, ont complètement changé.
En effet, la Terre est devenue une boule, au
lieu
d’un disque, et avec de nouveaux continents et de nouveaux peuples
ayant des
civilisations et des croyances différentes de ce qui est écrit dans la
Bible,
de même que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil, depuis la
découverte
héliocentrique de Copernic en 1543, renforcée par la découverte
de
Giordano Bruno en 1583 de la dimension infinie de l’univers,
alors que
le monde était considéré jusque là comme une sphère close, abritant les
étoiles
dans sa coque, par dessus laquelle se trouvait le Paradis de Dieu et
des
Saints.
Désormais, au vu de cette nouvelle donne,
l’homme
doit chercher à pénétrer les lois de la Nature, au lieu de se contenter
des
sermons dominicaux qui ignoraient tout de ces changements. Néanmoins,
il croît
toujours en Dieu, créateur de tout cet univers, même s’il est infini.
Mais, en
même temps, il s’aperçoit que c’est grâce à son travail de recherche
qu’il a
découvert cette vraie réalité des choses, et qu’il pourra désormais
changer
l’ordre des choses par son travail et en fonction de ses préférences,
au lieu
de continuer à se soumettre à l’ordre établi et défendu par l’Eglise.
Le
travail devient moyen de lutte pour améliorer sa condition, au lieu
d’être
considéré comme déchéance et punition d’Adam et Eve.
La nature devient alors objet de
connaissance, dont
il faut percer les secrets sinon les manipuler, puisque la Bible
ignore
tout de ces nouvelles données. C’est alors que, à défaut d’assimiler la
révolution copernicienne encore toute récente et indéchiffrable, c’est
la « magie
naturelle », composée de l’astrologie, l’alchimie, la Kabbale
et
l’hermétisme, développée à l’Académie de Florence à la fin du XV°, qui
va
prendre son essor dans toute l’Europe au XVI°, en s’intégrant au
mouvement
rationaliste pour expliquer le monde. Elle apparaît, alors, moderne et
révolutionnaire, cherchant à expliquer l’intelligence des lois de la
Nature,
cette Nature comprenant autant la nature environnante, que l’homme
lui-même qui
en fait partie.
Cette tendance pré-scientifique, née avec
l’Académie
de Florence au milieu du XV° sous l’égide de Médicis avec l’aide de
Marsile
Ficin et Pic de la Mirandole, se perpétuera au XVI° avec le père
dominicain et
astronome Giordano Bruno, puis au XVII° avec un autre père dominicain,
Campanella qui publie « La cité du soleil » en 1623.
En effet, l’intérêt des humanistes de cette
époque
pré-scientifique était que ces nouvelles « sciences » de la
« magie naturelle » devaient mettre à profit les lois encore
cachées
de la nature pour servir le bien de l’humanité. Et cette nouvelle
méthode avait
l’avantage, à leurs yeux, de réunir le savoir et le pouvoir dans un
contexte
plus rationnel que celui de l’obscurantisme de la scolastique
médiévale.
A leurs yeux, bien entendu, ces
« sciences » récupérées de la tradition Antique n’avaient
rien à voir
avec la sorcellerie ou magie noire, puisque Copernic lui-même, dans
« La
révolution des orbites célestes », fait état d’arguments empruntés
à cette
« culture magique » pour établir ses découvertes en
astronomie.
- L’APPROCHE
REVOLUTIONNAIRE DE FRANCIS BACON
Toutes ces nouvelles
« connaissances » que
l’on présentait à l’homme nouveau, désireux de s’accomplir autrement
que par
l’obscurantisme du passé médiéval, avaient néanmoins un caractère
commun, leur
ésotérisme. Et c’est là que va réagir Francis Bacon(1561-1626),
fondateur
de la logique scientifique expérimentale, contemporain de
Bruno(1548-1600),
Galilée(1564-1642) et de Campanella(1568-1639). Il va inventer une
nouvelle
méthode d’établir ses connaissances, la méthode
hypothético-déductive.
Il l’expose dans son ouvrage « Novum Organum » publié
en 1620,
quand il était encore Lord Chancelier du roi Jacques 1er
d’Angleterre (qui était à la fois le roi James VI d’Ecosse et
successeur
dynastique de la reine Elisabeth 1ère, donc partisan du
pouvoir de
droit divin).
Cet ouvrage eut un énorme retentissement en raison de son contenu révolutionnaire que
les intellectuels « modernes », désireux d’entrer dans une
nouvelle
ère de pensée et d’action, attendaient. En effet, F. Bacon rejette
tout
autant Aristote que Platon, dont les philosophies avaient nourri et
la scolastique
dogmatique de l’Eglise et le néo-platonisme pénétré de
« magie
naturelle » de la Renaissance italienne. Il estime qu’il ne faut
plus s’en
remettre aux « anciens », qui essayent vainement de
restaurer la
pensée antique avec quelques retouches, mais qu’il faut plutôt
innover
et créer de nouvelles pensées correspondant aux temps modernes, en
remettant en
question toute notre culture héritée du passé en vue de mieux
appréhender les
nouvelles données de la nature.
Francis Bacon propose au lecteur de faire « une
purge de l’intellect », en faisant table rase des et des
attitudes
préconçues, que l’auteur classifie en 4 catégories, dites « idoles »,
provenant soit de l’hérédité raciale, soit de la culture de son milieu,
soit de
l’ego personnel, soit des habitudes de la rue et des déformations du
langage.
Puis, une fois tous ces préjugés expurgés, il recommande d’adopter une
méthode
rationnelle d’exploration rigoureuse de la Nature pour éviter les
errements de
la méthode stérile du raisonnement médiéval-aristotélicien par
syllogismes. Il
recommande notamment de procéder à la sélection par élimination, en
notant par
écrit toutes les étapes de l’avancement de la recherche, devenue expérimentale,
offrant à chacun la possibilité de vérifier par répétition de
l’expérience.
En outre, F. Bacon a inventé le concept
de
« progrès des sciences », en préconisant que la recherche
devienne une œuvre collective pour que ses résultats soient communiqués
à tous
de façon à entraîner un développement généralisé et accéléré du progrès
technique, en vue de servir le bien commun du genre humain, au
lieu de
les occulter par crainte de l’Inquisition ou de les transfigurer au
service de
la scolastique et de la théologie. Il estime que cette nouvelle
pratique
contribuera à améliorer les conditions de vie de toute l’humanité.
Il s’agit là d’une nouvelle éthique, à la fois humaniste et
confiante dans le progrès, que Francis Bacon entrevoit à travers
l’évolution
des techniques et l’efficacité des machines qui doivent
accroître la « productivité » ou
rentabilité sociale, et cela, dans une parfaite transparence, à la
différence
des « mages » de la Nature, personnifiés par
Paracelse(1493-1541) qui
se complaisait dans sa mégalomanie de croire transmettre les clés des
« mystères anciens » de la Nature.
Cette liberté de pensée, dégagée du contrôle
théologique et des mystères de l’Antiquité, va orienter les efforts des
chercheurs en faveur du développement des sciences, qui seront
désormais liées
aux mathématiques appliquées à l’observation et à l’expérimentation,
aussi bien
à travers l’astronomie qui permet d’avoir une nouvelle conception de
l’univers
et de la place de l’homme dans le grand œuvre de la création, qu’à
travers la
physique, qui pratique un nouveau mode de connaissance, vérifiable par
nos 5
sens. C’est encore là que Francis Bacon, Lord Chancelier du Roi
d’Ecosse et
d’Angleterre, saura diffuser cette révolution épistémologique
dans la
manière de penser.
Il ne s’agit pas seulement d’une révolution
de la
connaissance, mais encore d’une révolution de la théorie de la
connaissance,
car, désormais, on classifiera les différentes sciences, sans
plus
devoir les rassembler sous le vocable générique de
« philosophie »,
comme on le faisait jusque là, sous la censure de l’ancienne reine de
la connaissance,
la théologie.
En outre, au niveau politique, dans sa « Nouvelle
Atlantide », publiée à sa mort en 1626, F. Bacon, après avoir
été
disgracié et interdit de toute fonction politique par le Roi, il prône
la tolérance
religieuse, en excluant l’uniformité religieuse des citoyens qui
serait
cause d’appauvrissement du pays à travers les expulsions et les drames
que
cette intolérance occasionne, alors que la tolérance aurait, selon lui,
pour
avantage de favoriser le progrès général dans le pays par la
diversification et
l’enrichissement du savoir-faire que toutes ces diverses communautés,
de
confessions religieuses différentes, pourraient apporter à la nation.
Et dans sa longue activité parlementaire, F.
Bacon plaidera
pour le retour et l’accueil de la communauté juive en Angleterre
(dont elle
était expulsée en 1290), estimant qu’elle contribuerait au progrès des
sciences, ce qui accroîtrait la productivité et offrirait plus de
richesse et
donc de bonheur à l’ensemble de la nation, contribuant en cela à la
paix
sociale. L’influence de sa doctrine de la tolérance, ( qu’il justifie
aux yeux
du public par un souci d’efficacité sociale résultant de l’accès à de
nouvelles
techniques plus productives), portera ses fruits 30 ans plus tard,
lorsqu’en
1656 le Parlement autorisera le retour des Juifs en Angleterre où leur liberté de culte sera reconnue dès
1683, longtemps avant les autres pays européens( par exemple, en
France, les
Juifs ne bénéficieront de leurs Droits civiques qu’en 1791 en prêtant
serment
devant la Constitution).
Et pour contribuer à l’accélération du
progrès,
l’homme d’Etat, F. Bacon, avait projeté, dans sa « Nova
Atlantis »,
que les pouvoirs publics créent des « instituts de
recherche », pour
favoriser les contacts et les échanges entre savants et chercheurs.
L’université d’Oxford est actuellement
composée de
21 “College”, dont les dates de création s’étalent
de 1264 à 1874. Tous ces « College » ont
un statut
exceptionnel qui en font de petites républiques indépendantes. Ils sont
propriétaires de leurs murs, libres dans leur gestion financière et
administrative, exempts de taxes, tout en se constituant un important
patrimoine financier provenant de dons et legs de bienfaiteurs, anciens
élèves
ou honorables personnalités. Ils n’ont
jamais été saccagés par aucune révolution. Ce respect, qui leur est
porté, a
permis de conserver intactes leurs archives depuis le Moyen Age,
lesquelles sont regroupées dans une banque de données, la
« Bodleian
Library » qui offre à tout chercheur de pouvoir le mieux se
documenter au
monde.
Avec le temps, toutes ces institutions sont
devenues
multidisciplinaires de telle sorte qu’à partir du XVI°, chacun des
« College »
abritera des savants de toutes disciplines. Il s’est trouvé qu’avec le
développement
diversifié de l’interprétation des nouvelles connaissances du monde,
des affinités
idéologiques ou spirituelles se sont manifestées pour
l’interprétation des
faits et des observations, entre des savants provenant de
« College »
différents, ce qui les a amenés à se regrouper en associations
informelles,
parfois vivantes et animées par des rencontres périodiques, débouchant
sur des
règles internes de fonctionnement et de recrutement par cooptation, et
se
donnant une appellation spécifique d’identification.
C’est ainsi que se sont constitués des
groupes de
chercheurs spécialisés portant le surnom de « Gresham
College »
par exemple, orienté sur l’analyse monétaire de l’inflation, ou de « College
of Physicians » orienté sur la mécanique, de « Society
of
Antiquarians » fondée en 1574 par des chercheurs intéressés
dans une
nouvelle science, l’archéologie, orientée sur les anciens druides,
etc. …
Il en sera de même pour l’ « Invisible College »,
né aux
environs de 1645 pour traiter des problèmes de société, sujet nouveau
pour
l’époque, où l’on pensait communément
que l’ordre social était instauré par Dieu.
Ne disposant pas de leur propre local pour se
réunir, les membres éminents de toutes ces associations informelles
prennent l’habitude
de se retrouver, régulièrement, et dès la fin du XVI°, dans une taverne
voisine
du campus universitaire, pour joindre l’utile à l’agréable dans une
atmosphère
laborieuse et de convivialité fraternelle.
L’ « Invisible College », à
caractère humaniste, sera composé de 2 branches distinctes.
D’une part,
il y a ceux qui sont sensibilisés par le mouvement rosicrucien,
sous la
houlette de Robert Fludd, et dont les travaux comportent une réflexion
philosophique, politique et religieuse sur le devenir du monde, et qui
se
donnent le surnom d’« Utopies », par référence à
la
société idéale conçue par Thomas More; et d’autre part, il y a les « Antiquarians »
comme John Aubrey, John Wilkins, William Musgrave, etc. … qui avaient
été
recueillis dans le groupe initial de l’ « Invisible
College »( à la
suite de quoi les premiers furent appelés les « Moderns »),
par esprit de solidarité contre la mesure arbitraire d’interdiction
prise par
le roi Jacques 1er contre leur groupe dénommé
« College of
Antiquarians » , pour avoir nié l’existence de son droit divin du
pouvoir,
qui doit être soumis, selon leur théorie druidique, au code des lois et
donc au
Parlement, ce qui risquait de poser de graves tensions politiques pour
l’époque.
La première composante de l’ « Invisible
College » était donc un mouvement chrétien libertaire, inspiré de
la
mouvance rhénane des Rose+croix, à coloration plutôt mystique, à base
d’ésotérisme alchimique et kabbalistique, le tout associé au
développement
éclairé des sciences modernes de l’astronomie, chimie, anatomie, etc.
…et
puisant ses sources de réflexion dans les ouvrages de F. Bacon (
« L’état
d’avancement des sciences » en 1605, « Novum Organum »
en 1620
et surtout « Nova Atlantis » en 1626 ), de même que dans les
travaux
du Père dominicain Giordano Bruno, portant sur la cosmologie, la
Kabbale et sur
sa propre découverte de l’infinité de l’univers, supposant l’existence
d’autres
mondes semblables à la Terre, et puisant son mysticisme dans le modèle
de vie
de ce même grand mystique qui se sacrifia sur le bûcher, en 1600, pour
faire
triompher la vérité scientifique et sa vue ésotérique du monde contre
l’obscurantisme religieux de Rome.
Parmi les 3 principaux membres (Fludd,
Ashmole et
Vaughan) qui vont se succéder dans ce groupe des « Moderns »,
il faut
particulièrement retenir l’influence de Robert Fludd (
1574-1616), d’inspiration gnostique manichéenne, se forma une
conception
gnostiqie et manichéenne du monde à partir de son séjour de 6 ans entre
l’Italie, où il rencontra Giordano Bruno en 1598, et l’Allemagne où il
fréquenta
le mouvement alchimiste et rosicrucien au début du XVII°. Il soutient
la thèse
d’un « Dieu caché », càd non révélé, en présence de 2 grandes
forces
contraires, le Bien et le Mal, qui animent le monde, face à l’homme,
qui doit
être libre de son choix et donc capable de rejoindre la Cause Ultime du
Tout,
par son travail sur lui-même et sur la nature. Il communiqua au groupe
son goût
marqué pour l’ésotérisme, à travers sa « magie naturelle » et
son
Hermétisme, ainsi que par son idée de la Nature ou l'Ame du Monde, qui
paraît
se substituer à la fonction médiatrice du Christ, dans la philosophie
fluddienne.
Quant au second personnage influent du groupe
de ces
« invisibles », Elias Ashmole(1617-1692),
rosicrucien confirmé et doté d’un savoir encyclopédique, il eut
soin d’y
prôner les principes de tolérance religieuse et politique ainsi que la
nécessité pour chaque individu de réaliser un travail intense sur
soi-même pour
la purification de son être intérieur avant de prétendre agir pour le
grand
œuvre alchimique d’une société parfaite. Ce groupement de savants, déjà
acquis
à la pensée ésotérique par les soins de Fludd, au
début de sa constitution, va devenir rosicrucien
sous l’influence
d’Ashmole, et comme cette appartenance à l’ésotérisme a pour
particularité de
ne jamais dévoiler ses membres (comme cela est stipulé dans l’Ordre
Rose+Croix,
sous peine d’en mourir), il se donne alors officiellement la
dénomination de
« Invisible College » en 1645, soit un an avant l’initiation
maçonnique d’Ashmole en 1646, selon ses mémoires.
Par la suite, grâce à son amitié pour John
Aubrey (1628-1697), lui aussi oxfordien et premier
archéologue
des Temps modernes,
qui théorisera la pensée druidique dans la civilisation
celtique,
Ashmole s’intéressa passionnément à cette nouvelle science moderne,
l’archéologie, et attira dans la Franc-maçonnerie
« acceptée » de son
époque, plusieurs savants « Antiquarians » acquis au
druidisme, et donc attachés à la tradition celtique.
Quant au troisième membre influent de l’
« Invisible College », Thomas Vaughan (1602- 1666),
il était
auteur de plusieurs livres d’occultisme, portant notamment sur
la
régénérescence de l’homme. Il édita lui-même en 1652 la
première version
anglaise de la « Fama Fraternitatis »(1614) et de la « Confessio »(1615),
ouvrages signés du nom symbolique de leur auteur Valentin Andrea ( un pseudonyme, car il s’agit du
nom d’affiliation à la Rose+Croix, que chaque initié doit recevoir à sa
régénérescence), chef présumé (car tout devait rester invisible pour
les profanes)
du mouvement rosicrucien rhénan.
La dualité des composantes intellectuelles de
l’
« Invisible College » se répercutera plus tard au niveau de l’évolution de
la Franc-maçonnerie anglaise, tant au niveau de sa création en 1717 et
sa
réglementation par les Constitutions de 1723, où la Grande Loge de
Londres,
dite des « Moderns », se séparera de la Grande Loge
des
« Ancients », jusqu’au moment de leur réunion en 1738, sous
la
condition d’un premier remaniement des
statuts, qui seront à nouveau remaniés en 1813, sous la pression des
« Ancients » .
Cela fera diverger la Franc-maçonnerie
anglaise
de la Franc-maçonnerie française, demeurée attachée à l’esprit de
laïcité
d’origine des « Moderns », qui étaient inspirés de la
philosophie
newtonienne défendue par le prêtre anglican et descendant huguenot,
J.T.
Desaguliers
.
- L’IMBRICATION DE LA
SYMBOLIQUE ET DE
L’ESOTERISME ROSE+CROIX DANS LA PRATIQUE MACONNIQUE
Robert Fludd (1574-1616), s’inspirant du mouvement
Rose+Croix
d’Allemagne où il avait séjourné entre 1598 et 1604,
avait écrit dans son ouvrage « Clovis
Philosophiae »
publié à la fin de sa vie, que « l’échelle de Jacob se compose des
marches
nous permettant de nous élever vers la vie supérieure », tout en
citant le
compas et la « vraie clé de David qui ouvre le Livre des 7
sceaux ». Il y parle aussi du fait de « chercher sa
voie » et de
« frapper à la porte du temple ».
Quant à l’astronome hollandais, Frusius(1508-1555),
premier inventeur de l’horloge, il parle dans son écrit rosicrucien,
« Summum Bonum », de Dieu sous le vocable d’
« Architecte de
l’univers », ainsi que du symbolisme de la Pierre, notamment la
Pierre
angulaire, représentant le Christ, sur laquelle chacun doit pouvoir
élever son
Temple spirituel. Et la « Vraie Magie » dont il parle, elle
se
définit comme la Sagesse ou « Art Royal » contenu dans la
Kabbale et
l’Alchimie.
Michael Maier (1568-1622), philosophe et médecin de
l’Empereur allemand, Rodolphe II, Grand Maître des Rose+Croix, écrit
dans
« Themis aurea » au sujet les « signes de
reconnaissance »
des Rose+Croix et du « mot de maçon » qui devait être
« épelé » ; dans « Silentium post clamores »,
il parle
des « grades » qui permettaient ou non aux uns et aux autres
d’assister aux réunions des « Frères », ainsi que de la
condition
d’être « homme libre et sans défauts » pour être
accepté parmi
eux. Et dans son « Septimana philosophica », Maier parle de
Hiram,
comme placé à la gauche du roi Salomon, et tué par les 3 compagnons
représentants les 3 vices de l’ignorance, le mensonge et
l’ambition.
L’abréviation des 3 points représente le triangle, symbole de la
divinité.
Dans la « Fama Fraternitas »
publiée en 1615, il est recommandé de suivre l’enseignement divin des
« Noachides », càd de la Loi Morale et naturelle que nous
retrouvons
dans les Constitutions d’Anderson de 1723.
Enfin, c’est dans le rituel du grade de
Maître
en franc-maçonnerie (constitué seulement en 1724) que l’on recherche le
développement de l’homme devenant accompli, grâce à la lumière qui lui
donne la
connaissance du Soi intérieur. C’est là aussi une tradition Rose+Croix.
Par contre, en 1723, les Francs-maçons
modernes, dont d’éminents scientifiques, membres de la Royal Society,
ne
pouvaient que rejeter la symbolique alchimiste pour les 2 premiers
grades
d’Apprenti et Compagnon, seuls existant à l’écriture des Constitutions
d’Anderson. En effet, l’alchimie n’était plus reconnue comme
science moderne
mais comme pratique ésotérique. Ils ont dû tout simplement préférer
adopter le
langage symbolique de l’architecture qui se pratiquait déjà dans les
loges
opératives où ils étaient acceptés, au lieu de conserver celui du
symbolisme
alchimique, qui risquait de dénaturer les
vérités scientifiques dont ils avaient la garde.
De toutes façons, il était inéluctable
que les 2
ordres se séparent, l’Ordre maçonnique et l’Ordre rosicrucien, pour
des
raisons fondamentales d’identité et d’objectif :
-
D’une part,
la Franc-maçonnerie, avait alors
pour mission de propager
les idées philosophiques défendues par la Royal Society, notamment la tolérance, la
philanthropie, l’entraide, la liberté religieuse, les libertés
individuelles, le cosmopolitisme et le
progrès des sciences au profit de la société ;
-
D’autre
part, les Rose+Croix, gardiens de la
tradition ésotérique
d’interprétation des
lumières de l’Evangile de saint Jean, de médecins du corps et de l’âme,
d’annonciateur du Saint-Esprit germant dans la Rose rouge à 5 pétales
au centre
de la Croix, avaient pour leitmotiv de
poursuivre les recherches kabbalistiques, alchimiques, hermétiques et
magiques
de leurs prédécesseurs, toujours tournées vers l’Antiquité
greco-romaine et
égyptienne, où se trouve la source de la Tradition primordiale, dont il
faut
faire re-naître les secrets.
- LE ROLE DE LA ROYAL
SOCIETY ET L’INFLUENCE DE
NEWTON DANS L’EVOLUTION DE LA FRANC-MACONNERIE ACCEPTEE
C’était bien le vœu de Francis Bacon qui
commençait
à se concrétiser avec la création, en 1645, de l’ « Invisible
College », regroupant divers savants d’Oxford ayant une
sensibilité
commune sur la façon de gérer la société anglaise. au sein d’une
institution de
recherche. L’appellation d’origine de « Invisible College »
laisse
bien penser qu’il s’agissait de savants se réclamant du mouvement
« Rose+Croix » qui avait sillonné et secoué l’Europe durant
cette
époque. Leur orientation réflexive sur la place de l’homme dans notre
nouvel
univers, reconnu infini, jointe aux idées de tolérance religieuse, de
promotion
des sciences et de la recherche d’efficacité productive, développées
par
Francis Bacon développées dans ses ouvrages « Novum Organum » en
1620 et
« Nova Atlantis » en 1626, additionnées aux influences
occultes de la
Tradition dite primordiale, provenant des lectures alchimiques,
kabbalistiques
et hermétiques ainsi que des divers manifestes rosicruciens qui
circulaient sous
le manteau depuis le XVI°, ont fait que les membres discrets de
l’ « Invisible College » étaient conscients de leur
prééminence
intellectuelle, toujours bien respectée par la société anglaise.
Ils étaient en outre, suffisamment acquis aux
nouvelles idées libérales de F. Bacon et de Sir Thomas More, pour oser
boycotter la dictature Cromwell entre 1649 et 1660, et soutenir la
restauration
de la dynastie royale Stuart, de telle sorte que Charles II Stuart,
aussitôt
intronisé, les accueillera au sein de la « Royal Society »
qu’il
fonde en 1662, sur leur conseil.
Ce groupe de savants était à présent
officiellement
reconnu pour son rôle majeur dans le progrès social, grâce à sa
contribution
fondamentale au progrès des connaissances et des techniques. La
« Royal
Society » s’était ensuite renforcée dans son organisation sous l’influence
de Newton, savant internationalement reconnu pour sa loi de la
gravitation
universelle. Il y fut élu en 1672 avant d’en devenir le président de
1703
jusqu’à sa mort en 1727.
Désormais, tous les membres de la Royal
Society vont
pouvoir rejeter le monde hiérarchisé du cosmos aristotélicien-biblique,
pour
croire en un univers infini, unifié par la loi de gravitation
universelle
stipulant clairement que les mêmes lois d’attraction et d’harmonie
régissent le
ciel comme la terre, corroborant ainsi le contenu ésotérique de
l’alchimie, à
laquelle Newton s’était beaucoup intéressé comme tous les astronomes de
la
Renaissance, confirmant ainsi que tout ce qui est en haut est comme ce
qui est
en bas, et vice versa, cette hypothèse étant exprimé dans la Kabbale
par le
nombre 6= 2X3, sous forme de 2 triangles entrecroisés.
Il faut aussi ajouter qu’en dehors des
travaux
alchimiques, Newton avait porté beaucoup d’attention aux recherches
théologiques,
et notamment au mystère de la Trinité dont il réfutait le dogme, ou
encore à
l’apocalypse de Saint Jean sur lequel il publia un traité, sans oublier
ses
analyses des textes bibliques et des textes des « Anciens »,
en vue
de tout rapprocher de ses découvertes scientifiques en astronomie.
Aussi, J.M.
Keynes disait-il de Newton, dont il avait racheté les manuscrits de ses
analyses portant sur la Tradition Primordiale de l’Antiquité, qu’il
avait été
le « dernier des magiciens », « le dernier grand esprit
moderne
à avoir observé le monde visible avec les yeux des Sumériens,
Babyloniens et
Egyptiens ».
Pour les membres de la « Royal
Society »,
et sous l’égide d’Isaac Newton, la philosophie naturelle, nom
générique
regroupant toutes les sciences appliquées à l’étude de la nature, se doit
d’être socialement utile, et à ce titre, conformément au vœu de
Francis
Bacon, sa création officielle en 1662 inaugure l’alliance de la science
à
caractère technique avec le pouvoir politique qui doit favoriser
l’efficacité
et la productivité au profit de l’ensemble de la nation.
Le but de la « Royal Society » est
de
mettre en commun leurs travaux et échanger leurs connaissances en vue
de devenir
le lieu de la convergence de l’humanité, sous l’égide de la raison,
réunissant des hommes et des intérêts les plus divers, à tous les
niveaux,
religieux, politiques et des origines raciales ou géographiques. Aussi,
la
Royal Society se devait-elle d’admettre des membres de toute confession
religieuse et de toute opinion politique, du moment qu’il s’agit
d’authentiques
savants susceptibles de confronter rationnellement leurs résultats et
de
reconnaître qu’au-delà de leurs éventuelles divergences, ils sont
réunis par
leur commune appartenance à « la philosophie de l’humanité »
ou à
« la raison générale de l’humanité ».
Et c’est là que l’athéisme ne doit pas
être
stupide pour la simple raison qu’un tel ordonnancement de la nature
ne peut
être que l’œuvre d’une volonté divine, alors que la « Royal
Society »
admet bien l’athéisme de celui qui se révolte contre la religion qui
donne sa
caution au pouvoir arbitraire d’un roi en le reconnaissant de droit
divin. Et
pour sauvegarder l’ordre et l’harmonie, la Royal Society interdit,
en son
sein, toutes discussions à caractère politique ou religieux, et elle
exige que
tout désaccord sur des compte-rendus des travaux soit exprimé avec
civilité.
De la sorte, à travers le principe de
tolérance,
préférable à la querelle dans l’expression et l’action, la « Royal
Society » se veut être le modèle de référence pour toute société,
d’où
serait exclue la tyrannie et le fanatisme grâce à un usage courant de
la
coopération, chaque chose revenant à qui de droit, dans le respect des
lois
conformes à la morale naturelle, le tout étant soumis à la volonté du
Dieu Tout-Puissant,
mais sans aucune prétention de quiconque à se prévaloir d’une
quelconque
autorité de droit divin.
Or, ce sont bien les collègues du président
Newton
de la Royal Society qui ont fondé en 1717 la Grande Loge de Londres,
puis
confié au Pasteur James Anderson, chapelain de la Loge saint Paul’s
Church, de
rédiger les Constitutions en collaboration très étroite avec JT
Desaguliers.
- A PROPOS DE LA
POLEMIQUE SUR L’ANTERIORITE
DES « LOGES SCHAW » en 1599
Les maçons opératifs médiévaux s’étaient
placés de tout
temps sous le patronage de Saints ou des autorités locales religieuses
ou
civiles. C'est pourquoi, initiés ou non aux secrets de métier, il y eut
toujours dans les loges des membres non-opératifs acceptés, si ce n'est
le
promoteur, le financier de la construction et le chapelain en raison
des
dangers d’accidents.
En 1598 et 1599, William Shaw, nommé
Intendant des
constructions du royaume par le roi d’Ecosse James VI, qui allait
devenir aussi
le roi James 1er d’Angleterre à la mort d’Elisabeth 1ère
en 1603, élabora des statuts que l'Histoire a retenus sous le nom de
Statuts
Shaw. Il s'agit essentiellement de règles pratiques, établies par les
maîtres
de la corporation réunis à Edimbourg, et dont l'observation est
prescrite à
tout maçon. Les deux premiers articles prescrivent l'obéissance et
l'honnêteté.
Ils prévoient une initiation maçonnique d'une grande simplicité avec
prestation
de serment et communication du Mot de Maçon.
Pour la première fois, apparaissent les
grades
d'apprenti et de compagnon alors qu’auparavant l'on ne pouvait être
admis dans
la corporation locale qu'après sept années d'apprentissage, ce qui
restreignait
considérablement les admissions. Ces deux grades, avec leur modalité
d’initiation propre, deviendront la référence standard jusqu'au début
du XVIIIe
siècle, où le grade de compagnon fut scindé entre compagnon en cours de
formation et compagnon fini, appelé maître, généralement après avoir
assumé la
fonction de maître de loge.
Dans les mois qui suivirent la promulgation des statuts en 1599,
apparaissent
les nouveaux types de loges spécifiquement maçonniques, notamment celle
d'Edimbourg (Mary's Chapel). Elle existe encore aujourd'hui et a
conservé ses
archives. Notons que cette loge se réunissait, au début, dans le même
bâtiment
que celui des corporations créées en 1475.
Il était de notoriété publique que les maçons
écossais étaient dépositaires de secrets englobés sous le vocable de
«Mot de
Maçon». Ce vocable recouvrait les mots, signes, gestes et attouchements
utilisés par les opératifs pour se reconnaître entre eux (appartenance
et
niveau de qualification). Ils utilisaient des rituels d'admission pour
les
nouveaux membres, rituels dont le contenu avait une origine antérieure
à 1598
et se transmettant oralement, selon la tradition médiévale, par la
technique
enseignée dans l’art de la mémoire, qui faisait partie de la
rhétorique, l’une
des 4 disciplines du Quadrivium.
En 1710, soit à peine 10 ans plus tard, on
dénombrera en Ecosse vingt-cinq loges issues des Statuts Schaw de 1599,
répandues
entre Edimbourg, Aberdeen, Glasgow, Kilwinning… etc.
L' hypothèse avancée par le professeur Stevenson dans son ouvrage
récent sur
« Les origines de la franc-maçonnerie » est que Schaw avait
pour
objectif d'introduire dans le savoir traditionnel et les institutions
des
métiers de la construction, un mélange complexe d'influences de la
Renaissance
tardive, qui pouvait être relié à la tradition ancestrale et aux
Anciens
Devoirs de ceux qui avaient réalisé des constructions à l'époque
médiévale. Il s’agissait
notamment de :
-
L'importance
du rôle de l'Architecte et du prototype de construction, le Temple de
Salomon ;
-
La
réhabilitation des métiers manuels pour promouvoir l’artisanat et la
création
artistique ;
-
Les
7 arts libéraux, et notamment l’art de la mémoire, partie de la
rhétorique ;
-
Le
syncrétisme et la sagesse hermétique ;
-
L’esprit
de solidarité ;
-
L’usage
de thèmes symboliques universels.
Cette orientation ésotérique reflète la
couleur du
temps, puisqu’à l’époque, on assiste partout en Europe, à l'apparition
de
nombreux mouvements de pensée, sous forme d’académies, collèges,
cercles, …et
dont les objectifs visaient à trouver des solutions diverses aux
guerres entre
nations et aux querelles religieuses, qui déchiraient l'Europe, en
proposant de
rénover les structures et les mentalités de la société, comme l’avait
proposera
Francis Bacon dans sa « Nova Atlantis » en 1626, une sorte de
République ayant à sa tête une société secrète composés de personnes
cultivées
et ayant des affinités suffisantes pour s’appeler « Frères »,
et
ayant pour mission de traiter des questions philosophiques, littéraires
et
surtout scientifiques au profit du Bien commun de tous.
Un point commun à tous ces penseurs
ésotériques de
la Renaissance était la croyance dans la sagesse perdue des
civilisations
passées qui, si on la retrouvait, permettrait une nouvelle
compréhension du
Divin, de l'Univers et de l'Homme. Cet aspect de la Renaissance
considérant la
supériorité des philosophes antérieurs au christianisme culminait avec
le mouvement
hermétique, issu du « Corpus Hermeticum » attribué à un
supposé sage
égyptien, Hermès. Tout cela alimenta divers courants de pensée très
riches et
divers, à partir de l’Académie de Florence à la fin du XV°,
conditionnant
l’évolution tous azimuts de la pensée des humanistes de l’époque, qui
avaient
pris l’habitude de se réunir dans des lieux communs de rencontre et de
ripailles, pour discuter de leurs travaux et recherches.
C’est dans ce contexte d’effervescence des
systèmes
d’explication du monde, que les objectifs de solidarité et d'éducation
prennent
une importance exceptionnelle, favorisant l’éclosion d’associations
informelles
mais actives, comme celle pouvant mener à la naissance de la la
franc-maçonnerie spéculative.
Est-ce que l’architecte en chef des bâtiments
royaux
d’Ecosse, William Schaw, aurait eu le génie d’anticiper sur l’évolution
de
l'institution de la maçonnerie opérative qu'il réorganisait, en
prévoyant
qu’elle pourrait devenir une structure d'accueil pour les maçons
« acceptés » par
la suite, pour que le professeur Stevenson puisse lui en attribuer ce
mérite ?
Cela n’est certes pas impossible, certes. Et
cela
s’y prêtait d’autant plus que dans les statuts, il était prévu des
formes
rituelles d'admission dont le symbolisme faisait déjà référence à la
construction du Temple de Salomon, des règles de discrétion, des signes
et mots
de reconnaissance, un serment de secret, en fait tous les ingrédients
correspondant aux usages conviviaux d'une époque où des tas de clubs et
associations se réunissaient dans des tavernes.
En outre, il faut noter à l’avantage des
Statuts
Schaw, que l’un des aspects importants de la Franc-maçonnerie anglaise
se
trouve dans l'importance de l'art de la mémoire, utilisée pour
mémoriser de
longs discours dans la pratique des divers rituels d’York, de Royal
Arch,
d’Ecosse, d’Irlande, …etc.. Or, c’était là, la composante essentielle
de la
rhétorique, parmi les sept arts libéraux enseignés dans les loges de
Schaw.
Cette technique était issue des Anciens, du temps où l’imprimerie
n’existait
pas, et qu’il fallait apprendre tout par cœur, d’autant plus que les
Apprentis
et Compagnons ne savaient ni lire ni écrire. Et leur entraînement à
l'art de la
mémoire se faisait naturellement sur le type architectural,
particulièrement
approprié au métier de maçon. Il s’agissait notamment de la
transmission orale
des secrets et de la connaissance par cœur des « Anciens
Devoirs »
grâce à une technique d'imprégnation de la pensée, ce qui contribuait à
élever
leur niveau culturel à travers une construction symbolique dont ils
retenaient
en mémoire toute l’architecture détaillée.
Certes, dans l'évolution intellectuelle de
l'Europe
à la fin du XVIe siècle, tout semblait converger pour réhabiliter et
mettre en
valeur les métiers de la construction en raison du renouveau
architectural qui
s’annonçait avec le nouvel Art, dit classique.
Mais ce qui est certain au niveau de
l’Ecosse et de
l’Angleterre, on assiste, à partir de 1630, à ce que des non-opératifs,
surtout
des savants et philosophes, versés dans l’ésotérisme, soient initiés.
Il s’est
trouvé qu’en Ecosse, à la fin du XVIle siècle, quelques loges
écossaises
avaient une majorité de membres non-opératifs, provenant de milieux
sociaux
divers, alors que les loges anglaises ne
recevaient que des non-opératifs, composés de
gentilshommes, nobles
ou bourgeois, dont nombre d’entre eux avaient déjà été initiés dans des
loges
écossaises, au cours de leurs pérégrinations entre les 2 pays, Ecosse
et
Angleterre, qui n’avaient plus qu’un seul et même roi commun depuis la
mort
d’Elisabeth 1ère en 1603.
Il n'existe pas de preuves formelles d'une
continuité structurelle entre l'ancienne maçonnerie compagnonnique et
le
système de loges indépendantes qui fut reconstitué au début du XVIle
siècle sur
la base des Statuts Schaw. Néanmoins, quelle que soit la prétention de
l’un ou
l’autre des chercheurs de vouloir démontrer l’antériorité des loges
d’acceptation en Ecosse par rapport à celles de l’Angleterre, s’il n’y
avait
pas eu l’influence notoire de l’Anglais Francis Bacon à travers son
ouvrage
« Nova Atlantis », dont le contenu a favorisé la naissance de
l’
« invisible College », dont les membres fondèrent la
« Royal
Society » en 1662 grâce à leur alliance politique avec le roi
Charles II
contre Cromwell, ce qui fournira plus tard les principaux fondateurs de
la
Grande loge de Londres en 1717. Sans ce cheminement linéaire et clair,
la
Franc-maçonnerie, telle que nous la connaissons dans ses Constitutions
de 1723,
n’existerait pas !
Certes ses sources compagnonniques écossaises
demeurent indéniables, mais nous ne pourrons plus affirmer que l’Ecosse
a
inventé la Franc-maçonnerie spéculative. Le principal mérite, in fine,
en
revient à la « Royal Society » de Londres et, en particulier,
au savant
huguenot, Jean Théophile Desaguliers, qui a su canaliser en un centre
de
l’union, divers mouvements de pensée
visant à la libération de l’homme pour sa maîtrise de l’univers, dans
le souci
du bien commun de l’humanité, que les chercheurs d’Oxford avaient
laborieusement élaborés au cours du siècle
précédant la
publication des Constitutions d’Anderson en 1723.
J’ai
Dit.
NMK, Paris
le 24/01/2005
(N. Michel KALIFE,
R.°.L.°.
« PTAH », Or
lomé, en visite chez la R.°.L.°. « VITRIOL », Or
Paris)
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